Piques pocket

Piques pocket
Il y a des matins où en se promenant sur nos terres taurines, on peut respirer une mauvaise odeur ; celle des arguments de type « café du commerce ». En effet, ils ont bien l'air décidé (peut-être devrai-je employer ce pronom personnel au singulier) à réformer quelque chose qui les embête particulièrement : le tercio de piques !
Un tiers qui pour chacun d'entre nous était primordial il y a encore quelques années afin de juger la bravoure d'un taureau. Malheureusement, certains ne veulent pas l'entendre de cette oreille, et l'ayatollah (car si il y a un véritable ayatollah c'est bien lui) considère que ce tiers est à caractère désuet. Pour ce, notre cher président de l'OCT aimerait y remédier en lui apportant quelques changements ; histoire de dire dans quelques années qu'il aura apporté sa pierre à l'édifice.
A travers ses éditos, celui-ci vomit sur la pique ; et pire encore, dénigre les courses pleinement capables de supporter une véritable lidia. En revanche, les domecquades faiblissimes sont passées sous silence. Mais l'idée globale qui est donnée par cet individu, c'est qu'il faut modifier le tercio de piques car il serait « destructeur » pour le taureau. Ainsi, le président de l'OCT souhaite diminuer la pique en elle-même et pourquoi pas, l'éradiquer peu à peu.
Cependant, on peut donner pas mal d'objections à cette volonté absolue de changement :
Tout d'abord, il faudrait dénoncer le mauvais emplacement de la pique - dans 99% des cas, les varilargueros piquent le dos du taureau et sont à des kilomètres du morrillo - alors qu'elle devrait justement être portée au morrillo. Si l'on essaye d'appliquer ce principe, on pourrait en voir les conséquences et ne plus s'obstiner sur un changement obligatoire de la taille de la pique. Ensuite, on peut également parler du taureau et de sa morphologie ; mais pourquoi baptiser « corrida de toros » les spectacles durant lesquels on sait d'avance que les bichos ne recevront qu'un picotazo ? On a pu le voir cet été, notamment à Bayonne, les corridas issues d'élevages commerciaux bien présentées et morphologiquement belles sont capables de supporter une lidia intégrale, ce fut le cas pour les Alcurrucén, pour les Joselito, et pour les Valdefresno ; et ce fut également le cas en début de saison lors de la corrida-concours de San Sebastián où un toro de Zalduendo a prouvé qu'il était à même de supporter une lidia complète. Alors pourquoi donc cette obsession pour le changement ?
Le véritable problème du premier tiers ne vient pas du fait que la taille de la pique soit destructrice ; mais que ce moment ESSENTIEL de la corrida est bâclé, galvaudé et incompris : les toros ne sont pas piqués au bon endroit, les mises en suerte sont négligées, les présidences techniques sont complètement à la rue car soumises à la volonté des hommes en piste, que dire des alguacilillos qui ne sont bons qu'à faire de la figuration, hommes ou femmes ; l'autre problème, c'est la décadence du public de moins en moins connaisseur et de plus en plus esthète qui ne demande que des faenas !
Aussi, pourquoi diaboliser les courses qui vont largement supporter le tercio de piques ? Et pourquoi leur reprocher une sauvagerie et un manque de « toréabilité » relatif ? (avouons que le terme de « toréabilité » est barbare et fait preuve d'une réelle sous-afición) Cette critique avancée au quotidien par le président de l'OCT est dangereuse car si l'on suit son raisonnement, on se dirige tout droit vers une fiesta brava aseptisée et standard, où la lidia laisserait sa place à de simples faenas et à un quotas minimum de passes ; avec treize Desgarbados à la douzaine, toritos aux mille et une passes mais enlevant toute âme à la CORRIDA DE TOROS.
Et comme le président de l'OCT est à la tête de l'un des seuls sites d'actualité taurine en France, les gens boivent ses paroles et sont ainsi tranquillement orientés. Dans le silence, une pierre fondatrice de la corrida est détruite : la pique ; et au quotidien, nous avons affaire à un véritable pique pocket, qui fait de son opinion une source lucrative... Plus grave, il parle de culture taurine sans en avoir !

Florent

(Photo : Miguel Angel Perera et Desgarbado)

# Posté le jeudi 23 octobre 2008 16:47

Modifié le samedi 01 novembre 2008 11:41

Histoire d'encastes

Histoire d'encastes
Le 21 septembre, la dernière corrida de la temporada française s'est déroulée dans les arènes de Nîmes. Le cru 2008 en France, c'était 71 corridas et 418 toros combattus. 60 Ganaderías ont foulé le sol des 24 arènes qui ont célébré des corridas de toros cette année ; au niveau ganadero, l'Espagne est en tête avec 50 élevages et 352 bêtes présentées, suit la France avec 9 ganaderías et 60 toros, et enfin le Portugal et son unique représentant, Palha, qui a envoyé un lot de six toros. Les trois ganaderías qui ont été le plus vues en France sont de tendance plutôt torista : avec sur la première marche, Miura et 30 Toros, puis Escolar Gil avec 25 et Victorino Martín avec 20 exemplaires. En revanche, on remarque chaque année l'emprise de la maison Domecq et de ses produits « standardisés » ; ainsi la répartition des Toros combattus en France fut :

DOMECQ : 41 %
ATANASIO FERNANDEZ (ET SOUCHE LISARDO SANCHEZ) : 13%
MARQUES DE ALBASERRADA : 11%
MIURA : 7,2 %
SANTA COLOMA : 5 %
SAMUEL FLORES : 2,8 %
TORRESTRELLA : 2,6 %
VERAGUA : 2,4 %
GUARDIOLA : 2 %
AUTRES : 13 % (Dont : Famille Yonnet / Baltasar Ibán / Murube / Alcurrucén (Núñez) / Conde de la Corte / Domecq-Núñez / Miguel Zaballos / Cebada Gago / Dolores Aguirre)

Florent

(Photo : Mimoso de José Escolar Gil)

# Posté le jeudi 09 octobre 2008 15:40

Modifié le jeudi 23 octobre 2008 18:23

Un monde sans figure

Un monde sans figure
Chaque aficionado voit en la corrida de multiples énigmes ; pour ma part, il y a une question que je me pose depuis quelques temps déjà et sur laquelle je vais me pencher aujourd'hui : « Existe-t-il un numéro un de la tauromachie actuellement ? » Et, question plus subtile qui peut choquer certaines âmes sensibles : « Y-a-t-il ne serait-ce qu'une figura del toreo sur le circuit de nos jours ? » Pour ne pas tourner autour du pot ; je dirai que ma réponse est négative, même si elle est bien évidemment d'ordre subjectif. Pour ce, je me dois d'apporter des explications ainsi que différents arguments.
Tout d'abord, parlons du titre de Numéro 1 que l'on voit attribué par-ci par-là et de temps à autres à divers toreros ; mais cette notion de Numéro 1 me renvoie sans cesse à une image commerciale, publicitaire, voire de mode... Elle est pour moi apparue en premier lieu dans le milieu musical ainsi que dans celui du sport, se propageant à la corrida après la Seconde Guerre mondiale, mais disait-on dans la première moitié du XXème siècle que Juan Belmonte ou même Manolete étaient Numéro 1 de la tauromachie ? Meilleurs toreros de tous les temps peut-être mais sûrement pas Numéro 1. Cette ultime conception est bien orgueilleuse, on ne peut pas le nier, cela fait part d'un certain mépris envers les autres coletudos, qui ne peuvent être alors qu'inférieurs puisque l'autre en question est Numéro 1... Je pense qu'il s'agit surtout d'une tactique commerciale, il faut avouer que le fait d'annoncer un torero Numéro 1, cela est bien plus lucratif qu'une quelconque autre annonce, le problème étant qu'un peu partout, on désigne différents toreros avec le titre honorifique de Numéro 1. J'entreprenais ainsi la lecture du dernier 6 Toros 6 et arrivais à la fin de l'hebdomadaire à la rubrique de l'escalafón des matadores de toros. Force est de constater que c'est toujours le même problème qui se pose ! Je n'ai aucune volonté et aucun intérêt personnel à dénigrer la torería ; mais à la vue de ce classement, y-a-t-il un réel Numéro 1 ? Voyons donc au cas par cas pour essayer de répondre à la question :
Commençons avec le premier du classement au nombre de corridas toréées, il s'agit de David Fandila « El Fandi », avec 104 corridas au 30 septembre 2008, une véritable moissonneuse batteuse avec 244 oreilles et 20 queues coupées. Tout de suite, on se dit que ce type est un surhomme, ce qui n'est pas faux car il faut avoir une condition physique exceptionnelle pour participer à autant de courses lors d'une même temporada ! Mais outre ce détail important, El Fandi, c'est le fordisme et le travail à la chaîne, c'est également le stakhanovisme ; Fandi, c'est une tauromachie dévaluée, n'ayons pas peur des mots, populaire, répondant aux premières satisfactions du plagiste aficionado à l'occasion, mais bien plus fervent de l'adage « sea, sex and sun » qu'autre chose ; Fandi est le numéro un au nombre de courses toréées, mais il ne peut en aucun cas prétendre au fauteuil théorique de patron au vu du type de course qu'il affronte, et sur ce point, l'afición dans son intégralité partage cette opinion. Tout le monde le sait depuis longtemps, le premier au nombre de courses toréées n'est pas le premier en terme d'importance, c'est une chose primordiale. Ne pouvant pas prétendre au trône et jouant également dans le registre populaire, il y a Manuel Díaz « El Cordobés » - adaptation moderne de son présumé père – et Francisco Rivera Ordóñez, qui plaît énormément à la gente féminine espagnole, mais dont seul le nom du père restera immarcescible, Francisco Rivera « Paquirri ». Puis on change de registre, José Tomás numéro 1 ? Cela ferait joli, mais pour une deuxième temporada de retour et seulement vingt corridas de toros cette année, cela paraît un peu exagéré, en plus des élevages édulcorés et des carteles soigneusement confectionnés... El Juli numéro 1 ? Beaucoup sont tentés de dire oui, du fait qu'il ait commencé très jeune et a désormais dix années d'alternative ainsi qu'un certain bagage technique. Dix années ! Mais peu de Toros ! L'originalité selon Julián, c'est Domecq / Núñez / Atanasio, avec une course une année sur deux voire sur trois d'origine Santa Coloma, par chance cette année était la bonne, avec un seul défi majeur, celui de La Quinta. On peut aussi constater chez ce torero une régularité laissant par moments à désirer. Même problème pour Morante concernant les Toros et la régularité ; aussi, Morante et Núñez del Cuvillo sur une affiche, j'ai l'impression qu'il s'agit d'un pléonasme... Puis il y a les espoirs ; José María Manzanares et Alejandro Talavante, mais là aussi, trop d'irrégularité malgré d'évidentes capacités. Situation identique pour les français Juan Bautista et Sébastien Castella qui ont globalement déçu cette saison. Il y a Miguel Angel Perera aussi, un bon torero, probablement le plus en vue cette temporada, mais manquant un peu d'âme ; et puis j'ai l'impression que l'on pourrait me parler des oreilles coupées par Perera de la même marnière que des buts inscrits par le Football Club de Chelsea en championnat anglais. Des oreilles, des oreilles, toujours des oreilles ! La tauromachie commerciale quoi, même si ce n'est à mon avis pas ce que Perera veut montrer au public, c'est plutôt l'image que les médias taurins voudraient véhiculer de lui, un cargo à oreilles ! El Cid pourrait sérieusement prétendre au « trône », alors que Enrique Ponce a été incontestablement au sommet il y a plusieurs années, il a baissé d'un ton mais n'est-ce pas normal après dix-neuf temporadas d'alternative ? Comment parler de la torería sans évoquer les guerriers, ou plutôt les Matadores de Toros, et notamment José Pedro Prados « El Fundi », qui illustre parfaitement le combat face au Toro digne du nom, mais le Fundi incarne également quelque chose que n'ont pas la plupart des toreros cités précédemment : le sens de la lidia ! Car à mes yeux, pour être Numéro 1, il faut être présent tout au long de cette dite lidia et le fait d'être bon capeador et bon muletero n'est pas un facteur suffisant, la gestion du tercio de piques cela compte aussi, tout comme la suerte suprême ; beaucoup de toreros des hauteurs de l'escalafón s'accommodant du bajonazo déloyal...
La différence entre les Toros combattus par Rafaelillo et El Juli (exemple aléatoire) constitue justement le gros problème ! Celui d'un milieu monté à l'envers, où les toreros vedettes – théoriquement les plus aptes à la tauromachie – ne se mesurent pas assez aux Toros... Pour moi, la tauromachie n'a pas de numéro un dans le sens où aucun torero ne domine la hiérarchie en affrontant n'importe quel toro ; on dit d'El Juli qu'il est capable de changer n'importe quel toro, je serai plutôt tenté de dire un seul type de toro, « le Domecq ou assimilé, faire-valoir » face auquel il faut jouer à l'infirmier ; mais garder un torito debout, est-ce réellement le changer et l'inventer ? Car c'est vrai, on n'a jamais réellement vu ce qu'était capable de faire le Juli avec un toro con genio. Il serait d'ailleurs intéressant de voir El Juli face à un Escolar Gil, élevage phare du moment, pour évaluer ce qu'il pourrait faire face à ce type de toro, cette situation est malheureusement utopique. Et lorsque Julián López est en piste, ne pense-t-il pas davantage aux vingt courses qui vont suivre et à l'argent qui va être brassé plutôt qu'à un défi de ce type ? Celui de se mettre devant des Escolar Gil !
Numéro 1 de la tauromachie, c'est pour moi un oxymore, car il n'y a pas d'équité entre les toreros, la tauromachie est une science inexacte, et le classement est un terme totalement étranger au domaine taurin. Mais au-delà d'un potentiel titre de numéro 1, y-a-t-il ne serait-ce qu'une figura del toreo dans l'escalafón actuel ? Il y a eu Joselito, César Rincón et Enrique Ponce il y a quelques années, mais au jour d'aujourd'hui, qui peut imposer sa loi face à n'importe quel toro ? Pas de réponse... Pour être figura, il faut à mon avis un certain nombre de défis par saison, pas un, pas deux ! et surtout pas une corrida en solitaire édulcorée en matière ganadera, on a pu le voir récemment en France... Un vrai défi, c'est une corrida avec deux autres toreros et des Toros inspirant au respect ; et pour être figura, il faudrait à mon avis relever ce type de défi plusieurs fois dans la temporada. Mais aucune instance n'oblige les toreros vedettes à ce type de défi, et on constate qu'ils ne se l'imposeront que très rarement !
En fait, peut-être que le plus important avant de qualifier un matador de toros de Numéro 1 ou de figura del toreo, c'est de définir ces deux termes, car leur utilisation est trop fréquente et bien trop vague...

Florent

# Posté le mercredi 08 octobre 2008 16:51

Prix à la temporada 2008

Prix à la temporada 2008
A travers cet article, j'attribue des prix symboliques concernant la temporada 2008 en France. Ils sont bien évidemment subjectifs, se basent sur du vu, et leur rôle est avant tout d'exprimer ce qui m'a plu et ce qui m'a déplu lors de cette temporada. Vous pouvez également faire part de vos réjouissances ou mécontentements.

Cela commence pour ma part avec une grande distinction, vous allez comprendre !

Meilleur matador de toros : José Pedro Prados « El Fundi » et Sergio Aguilar

Meilleur torero : José María Manzanares et Miguel Angel Perera

Meilleur novillero : Desierto (accessit à Juan Carlos Cabello vu à Garlin et Daniel Palencia vu en Espagne)

Meilleur novillero sans picador : Desierto

Meilleur lot de toros : Escolar Gil à Céret le 14 Juillet et El Tajo à Bayonne le 15 Août (dans deux contextes totalement différents)

Meilleur lot de novillos : Bucaré à Céret le 13 Juillet

Meilleur lot d'erales : Olivier Fernay à Bayonne le 15 Août

Meilleur toro : « Mimoso », cinquième Escolar Gil combattu à Céret et « Afanés », sixième El Tajo combattu à Bayonne

Meilleur novillo : « Corsito », premier Bucaré combattu à Céret

Meilleure faena : Alberto Aguilar à Vic-Fezensac le 8 Août avec le dernier Astarac et Sergio Aguilar le 14 Juillet à Céret avec le second Escolar Gil

Prix à la plaza : Céret et Parentis-en-Born

Ovation :
- A la mythique ganadería de Raso de Portillo
- A Alberto Aguilar pour son engagement dans la lidia malgré le peu de contrats qui lui sont proposés, j'espère le voir davantage au cartel les années qui viennent
- A la Corrida de Toros de Palha à Bayonne
- A la révélation de la ganadería de El Tajo
- Au banderillero Vicente Yangüez « El Chano »
- A Rafael Rubio « Rafaelillo » et David Mora
- Aux arènes de La Brède, Istres, Saint-Vincent-de-Tyrosse et Beaucaire (excepté pour les piques andalouses) pour davantage de sérieux apporté à leur programmation
- A Luis Francisco Esplá pour l'ensemble de sa carrière
- A la Cobla Mil.lenaria qui officie à Céret
- A Laurent Larrieu de Campos y Ruedos

Grande Bronca :
- A A.Viard ; E.Colmont ; B.Ferret ; V.Bourg « Z » et tant d'autres pour leurs reseñas frelatées, frelaté comme le type de corrida qu'ils défendent et veulent généraliser au mépris de la lidia.

Bronca :
- A la volonté de réformer le tercio de piques alors qu'il faudrait tout d'abord éviter les dégâts causés par la pique trasera qui intervient dans 99% des cas. Bronca également à la « pique andalouse » et ses instigateurs
- A l'arène française qui se prend pour le centre du monde alors qu'elle ne présente que des novillos ou presque (Nîmes)
- A Juan Carlos et Mateo Carreño pour le maintien puis la suspension de la corrida du 12 Juillet à Céret, ceci dans un but purement économique
- A toutes les lignes écrites concernant l'affaire Michelito alors qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat
- A tous ceux qui écrivent des pages et des pages sur un indulto douteux et qui omettent de parler d'une novillada authentique (celle de Raso de Portillo à Parentis)
- A l'OCT (Observatoire des Cultures Taurines) qui ne fonctionne pas en tant que défenseur de toutes les formes de corrida
- A la plaza de Nîmes, son administration et son site internet qui nous bassine au quotidien
- Aux toreritos qui voient au-delà de leurs capacités
- Aux peones enterreurs et mendiants d'oreilles
- Aux bajonazos, golletazos et coups bas

Brindis : A Adrián Gómez et Juan Francisco Presumido

Florent

# Posté le mercredi 01 octobre 2008 12:16

Séville se donne des airs de Floirac

Séville se donne des airs de Floirac
Loin de la Charente-Maritime, loin de la Gironde, la Real Maestranza Caballería de Sevilla ! Ne voyez la aucune comparaison entre la première arène d'Andalousie et la « regrettée » plaza de Floirac. Simplement, ce week-end à la Maestranza, il s'est passé un peu la même chose qu'en banlieue bordelaise pendant plusieurs années, c'est-à-dire pluie suivie d'annulation ! Ce qui est paradoxal, c'est que lorsque le déluge est de mise (Floirac en 1998 avec Chamaco et plus proche de nous Céret cette année pour les Prieto de la Cal) la course est maintenue, en revanche ; les corridas sont annulées lorsque la pluie est moins violente voire nulle, et que l'on a de légers doutes sur l'état du ruedo (Floirac en 2005 et Séville ce week-end à deux reprises) ; à l'unanimité ou presque, les revisteros s'accordèrent à dire que les annulations sévillanes relevaient du scandale, après le vent en troisième position, la pluie deviendrait-elle la quatrième corne du taureau pour cette nouvelle génération de toreros ? A confirmer... En ce dimanche de fin du mois de Septembre, on avait pour coutume de se rendre à Floirac, à une longueur de Garonne de Bordeaux. Même si la plaza était très vilaine, on a parfois vu de belles choses en automne dans cet amas de fer. Mais à chaque fois, la préoccupation de l'aficionado se rendant à Floirac, c'était : pluie? Parapluie? Annulation?
Désormais, ce problème est réglé puisque les organisateurs ont abandonné Floirac, parfois lorsqu'il manque des lignes à combler dans le quotidien régional, certains reparlent de ce projet d'arènes couvertes de 15 000 places ! Peu crédible pour l'instant...
En lieu et place de cet ancien rendez-vous, il y avait des toros ce dimanche à la télé, sur Andalucía TV précisément ! Des toros, le terme est un peu fort, puisqu'il s'agissait d'une non piquée mettant en scène des élèves de différentes écoles taurines. Figuraient au cartel des jeunes novilleros vus pour la plupart en France cet été. La ganadería de Torrestrella avait envoyé à Montoro (Cordoue) six erales, corrects de présentation, bas et commodes de tête ; le lot formant un ensemble hétérogène de trois carretones sortis en premiers et de trois bichos moins « collaborateurs » pour reprendre l'expression favorite de certains taurinos. Le premier novillero était un portugais de l'école taurine de Séville, répondant au nom de Gonzalo Montoya, sa faena fut agréable même s'il ne se croisa pas une seule fois, on constate que pour ce genre de novillada de promoción avec six jeunes, la place de chef de lidia est la plus ingrate puisque le public n'est pas encore dans le vif du sujet, salut après avis. En seconde position, il y avait Cayetano Ortiz, le biterrois ; pour être objectif et sans chauvinisme, c'est lui qui donna les meilleurs gestes de la tarde, appliqué, posé, démontrant beaucoup de métier, il obtint deux oreilles loin d'être scandaleuses après une entière trasera, vuelta au bicho pour laquelle on se passera de commentaires...
Une fois passés les deux premiers actes, le reste de la novillada fut beaucoup moins sérieux, tout d'abord avec le troisième combat où officiait Fran Gómez, de Jerez de la Frontera ; bien que volontaire, il fit une démonstration pueblerina et électrique, un bajonazo d'effet rapide pour en finir, rien d'exceptionnel, mais dos orejas y rabo. En quatrième position, Javier Jiménez de Espartinas, qui coupa deux oreilles à Arles cet été. Cette fois-ci, il fut débordé par son adversaire, bien que visiblement vert, la première partie de sa faena fut intéressante. A noter que vu de dos, il est un parfait sosie de Manuel Díaz « El Cordobés », il fit d'ailleurs un peu comme le torero en question avec une fin brouillonne et limite vulgaire à genoux, comprenant molinetes et autres ornements. Il reçut trois volteretas lors de cette pantalonnade finale qui auraient pu avoir des conséquences gravissimes si le bicho avait eu les cornes en pointe, oreille après entière et kyrielle de descabellos. Les deux derniers novilleros du jour, Antonio Jesús Espaliú (Camas) et Juan del Alamo (Salamanque) n'ont pas démérité face à deux erales respectivement tardo et manso, montrant ainsi de bonnes dispositions, deux oreilles furent accordées aux deux novilleros, avec demande de rabo très excessive d'une partie du public. Ces deux novilleros seront présents pour la dernière course de la saison française le 11 Novembre à Saint-Sever. Neuf oreilles et une queue au total, normal pour le lieu, cependant ; on ne verra jamais une telle pluie de trophées pour ce genre de spectacle chez nous. Bien qu'un peu longuette, cette novillada a été intéressante pour plusieurs raisons, notamment grâce à Cayetano Ortiz, qui s'est distingué de par sa sérénité et son toreo.
J'allais presque oublier le principal ! Car que serait une course sur Andalucía TV sans les commentateurs hors du commun? En effet, il fallut attendre seulement quatre muletazos au premier eral pour pouvoir entendre « que novillo extraordinario », on eut également le droit à un « bueno pero no hubo pinchazo, es el principal » pour reprendre les propos de Ruiz Miguel, qui préférait vraisemblablement un bajonazo à un pinchazo engagé. Un des six erales fut même annoncé de pelage cárdeno alors qu'il n'avait rien de gris puisque burraco ! Dans le rôle de la bonne poire, c'était encore et toujours Sonia Gil qui parcourt à chaque fois le callejón en long en large et en travers ; pour la petite anecdote, le second eral portait le nom de Islero, ce que la jeune femme releva s'exclamant « ¡ es el toro que mató a Manolete ! », bien entendu, même les aficionados les plus avertis ne le savaient pas et ont pu apprendre... Enfin, je finirai par un petit clin d'½il au président de cette course qui n'aura pas à se justifier puisqu'il fut pris en flagrant délit de boisson au troisième novillo ! Belle image d'un président qui au lieu de se lever pour le protocole du brindis, était entrain de descendre sereinement sa cervoise...

Florent

(Photo : El Fandi? Non ! Le madrilène Raúl Rivera à Bayonne avec un eral de Meynadier)

# Posté le lundi 29 septembre 2008 14:12

Modifié le lundi 29 septembre 2008 18:16