Ce n'est pas de leur faute

Ce n'est pas de leur faute
« Devant le manque de jus et l'invalidité de son adversaire, le torero ne put rien faire et dut abréger malgré sa volonté et son envie » ; « Des toros arrêtés au dernier tiers qui n'ont pas permis aux hommes de s'exprimer ». Force est de constater que ce type de citation est devenu monnaie courante au travers des lignes des reseñas contemporaines ; ainsi en creusant davantage, on s'aperçoit que pour bon nombre : la tauromachie est une forme d'hommage féodo-vassalique où le torero serait une sorte de suzerain et le toro un simple vassal parmi tant d'autres ayant le devoir de bonté, de noblesse et de docilité envers son seigneur...
On ne peut évidemment pas nier la faiblesse chronique d'une grande (voir très grande) partie des toros à l'heure actuelle, mais est-ce vraiment la seule raison de toutes les carences physiques manifestées en piste ?
En revoyant d'imbuvables clichés de la corrida-concours de San Sebastián ; j'en retrouvai un à peu près potable (celui à l'image) montrant le picador de Julián López « El Juli » face à l'exemplaire de Victoriano del Río. On constate que le fer est situé à des années lumières du morrillo ; le toro était faible dès son entrée en piste, c'est indéniable, et cette caractéristique eut tendance à s'atténuer au cours du combat. El Juli exhorta ainsi le public avec des signes de désespoir et d'impuissance. Mais est-ce que la faiblesse de son bicho en était la seule responsable ? Le picador n'avait-il pas lui aussi une part de responsabilité ? Et la lidia alors ?
Certes, le tercio de piques est très difficile d'exécution, les fautes d'emplacement de la pique sont normales et logiques car humaines, mais elles sont répétitives, voire itératives comme le diraient les littéraires. De plus et ce n'est pas nouveau ; un mauvais tiers peut à lui seul ôter toute puissance à un toro, ce fut le cas cet été à Bayonne pour la course d'Alcurrucén... Où un joli colorado pourtant prometteur dès son entrée en piste fut littéralement exécuté par le lancier sans vergogne de Daniel Luque.
Et c'est donc la où je voulais en venir : car à mon goût, on dissocie trop le travail du picador de celui du torero. Le public actuel esthète plutôt qu'aficionado considère que le tiers de piques n'est qu'un petit détail après l'entrée du toro en piste alors que la faena représente à leurs yeux l'essentiel de ce qui se passe dans le ruedo. Là est le grand problème, car la majorité des toreros qui laissent leur adversaire se faire assassiner sous le fer est en général pardonnée par le public au dernier tiers. Dans le meilleur des cas, le matador « inventera » un toro comme le disent les aficionados a los toreros (alors que le terme de « faena d'infirmier » serait bien plus approprié) Au pire des cas, le matador opposé à un bicho massacré à la pique fera de grands gestes envers le public pour être pardonné ; et les moins scrupuleux iront même jusqu'à saluer au tiers voire donner une vuelta... Mais jamais ou très rarement, un public ne sanctionne un matador au moment de remettre les trophées à cause d'une mauvaise lidia.
De manière plus globale, on peut signaler que pour les toreros-vedettes : le fait de ne pas assez combattre de Toros montre plusieurs choses, dont :
- Leurs difficultés dans la lidia d'un toro avec un réel fond de caste (exemple des Joselito à Bayonne), mises en suerte chaotiques...
- L'incapacité de leurs picadors à recevoir un toro de loin (exemple de la corrida-concours) car étant habitués à des mises en suerte de près et forcément négligées

Alors Messieurs les penseurs et observateurs : pour une fois, au lieu d'invoquer l'âge trop avancé des picadors, la dimension de la pique, le poids des chevaux et j'en passe ; posez-vous les bonnes questions quant au tercio de piques !

Florent

# Posté le mardi 25 novembre 2008 13:31

Modifié le mardi 25 novembre 2008 13:43

Un lugar único

Un lugar único
Quoi que l'on puisse en dire, une plaza de toros est un lieu unique, échappant à toute logique d'un monde actuel qui tend à l'aseptisation. Vides de spectateurs, les arènes pourraient apparaître comme dénuées de sens, mais ce n'est pas le cas.
En effet, on peut les considérer comme un monument chargé d'histoire ; où plusieurs après-midi par an depuis des décennies, des hommes viennent combattre le taureau et ainsi jouer leur vie.
Les arènes de Céret ont été inaugurées en 1922 et elles sont un magnifique exemple du genre. Au premier abord, on pourrait les croire modestes, sans réel attrait extérieur ; en revanche, l'intérieur est plus vivant, même s'il n'est pas monumental. Le ruedo est petit, mais l'important n'est pas là ; car les arènes de Céret ont vraiment une âme, tant grâce à cette région qu'est la Catalogne, que grâce à ces cimes montagneuses que l'on peut apercevoir depuis les tendidos, tant par l'histoire de ces arènes et ce qui s'y est passé depuis près d'un siècle. Car les anecdotes sont innombrables entre ce jour de 1922 où « Perdigón » de José Bueno entra dans le ruedo pour être affronté par Pouly III et ce jour de 2008 où David Mora affronta le dernier toro de Escolar Gil : « Cordinero ». Céret en Vallespir et ses arènes, qui furent à une époque spécialisées dans les corridas goyesques, l'époque où défilèrent les toreros de la trempe d'Ortega Cano. On pourrait multiplier les exemples ; mais pour revenir à un passé plus récent, on est dans l'obligation de citer l'ADAC (Association Des Aficionados Cérétans), car actuellement, que serait Céret sans l'ADAC et que serait l'ADAC sans Céret ?
Depuis vingt ans, ce petit ruedo a été le témoin de tant de combats et d'émotions ; Nimeño II y a inscrit des triomphes de sa fin de carrière tragique, les mythiques Veraguas des héritiers de Maria do Carmo Palha y ont arboré leurs robes savantes ainsi que leur art du combat, Esplá y a voué une histoire d'amour avec le public, avec une page dramatique ; celle de l'an passé où cette porte au premier plan s'ouvrit à son corps inanimé, comme sans vie, mais cette porte s'ouvrit également un an plus tard avec une haie d'honneur, pour saluer son parcours, sa vie. Cette piste, elle a aussi fait les belles heures des prestigieux élevages : Adolfo Martín, Escolar Gil, La Quinta et tant d'autres... Mais elle a également dépoussiéré ou présenté des taureaux improbables ; Luis Terrón, Vaz Monteiro, José Arriazu...
Puis il y a cette cobla perchée là haut, qui montre que la Catalogne est taurine. Cette cobla qui entonne des sons parfois tragiques, mais indéniablement superbes ; elle a accompagné au paseo des novilleros qui sont très vite retombés dans l'anonymat, mais ils se souviendront probablement de leur passage à Céret ; de leurs cicatrices, de leur courage... Ce ruedo, il a également vu le madrilène José Luis Bote dans un combat apocalyptique ; de l'apocalypse, comme ces Hernández Pla qui ont fait trembler toute une région il y a quelques années, le temps de six tercios de piques, qui ont montré que la corrida était vraiment un spectacle unique.
Tous ces exemples cités ne sont qu'une infime partie de ce qui s'est produit dans ces arènes. Même si l'ADAC n'opère « que » depuis vingt ans, l'histoire taurine est déjà très riche, et la tauromachie authentique est là, les taureaux sont là, les hommes aussi. Peut-on rêver mieux ?
De manière plus générale, Céret montre que la Catalogne est une région taurine et que la corrida fait partie de la culture locale ; tant dans la partie française qu'espagnole de cette contrée. On pourra ainsi pointer du doigt cette « Catalogne futuriste » et ses artisans, plus proches de Bruxelles ou d'Amsterdam que de la péninsule ibérique ; qui veulent porter l'estocade à la tauromachie. Mais ces gens-là qui ne représentent pas la Catalogne dans son intégralité : qu'ont-ils comme arbre hormis la langue catalane pour cacher leur inculture ?

Florent

# Posté le samedi 15 novembre 2008 14:07

Indulto, à qui le tour?

Indulto, à qui le tour?
Ces dernières années dans notre chère France taurine, une logique implacable se serait instaurée ! Elle voudrait qu'au moins un indulto se produise chaque temporada. Si l'on pouvait donner une date charnière, ce serait 2003. Avant 2003, on avait cette impression que l'indulto demeurait une chose rare, exceptionnelle voire presque intouchable... En revanche, depuis cette date, on a l'impression que l'indulto est devenu une chose banale, qu'un torito correct avec beaucoup de passes dans le ventre pouvait obtenir... Alors bien évidemment, les âmes bienveillantes vous diront que c'est parce que les toros n'ont jamais été aussi bons ! En ne tenant compte que des corridas de toros, on s'aperçoit que le mouchoir orange a été sorti à neuf reprises depuis 2003, la palme à la plaza revenant à Fréjus avec deux toros indultés, et l'élevage, vous l'aurez deviné sans grande peine : Victoriano del Río avec deux toros épargnés !
Le moins que l'on puisse dire, c'est que presque tous ces indultos ont été contestés (hommage à Escandalito de Robert Margé). Ils seraient à mon avis témoins d'une sorte de mode apparue en Espagne à la fin des années 1990 et d'une recherche de prestige que l'on veut retrouver coûte que coûte... N'était-ce pas le cas pour Châteaurenard cette année ? Pour Istres il y a cinq ans ? Pour Saint-Gilles ? Voir même pour Fréjus qui vit deux toros rentrer vivants au toril en trois temporadas et à peine autant de corridas... Toutefois, le phénomène semble quand même être davantage de mise dans le Sud-Est, même si cette année, les deux régions taurines de France se retrouvent à égalité.
Ce qui est surprenant, c'est que l'on retient le nom des toros morts et non ceux des toros indultés. Personne n'a oublié Resistón de El Pilar à Nîmes mais qui se souvient de Condor de Victoriano del Río à Fréjus ; tout le monde se souvient de Velonero de Charro de Llén à Vic-Fezensac mais qui se rappelle de Coxico de Palha à Fréjus ?
De plus, hormis Nîmes, Béziers et Dax où les arènes seront toujours remplies par un public de feria ; les autres plazas qui ont gracié des toros en ont-elles bénéficié postérieurement ?
Fréjus a temporairement fermé ses portes en 2006, Saint-Gilles fait peu parler d'elle et Eauze semble être au fond du trou, s'entêtant à proposer des Javier Pérez-Tabernero et presque toujours le même cartel depuis quatre ans. Istres semble être dans une bonne passe ; on verra bien pour Châteaurenard.
Le rythme d'un ou de deux indultos par an en France est donc en cours et ; en assistant à une corrida formelle en France, l'aficionado aura environ une chance sur 52, 555 pour que cette course comporte la grâce d'un bicho. Le toro aura quant à lui approximativement une chance sur 315, 33 d'être gracié.

Ainsi, faites vos jeux pour la temporada 2009 avec « indulto, à qui le tour ? » ; pour ma part, je mettrais bien une petite pièce sur les arènes de Nîmes et un toro d'encaste Juan Pedro Domecq... (Ce jeu gratuit sans obligation d'achat n'est pas du ressort de la Française des Jeux)

Florent

(Photo : Toro pour Nîmes ? Non ; eral de El Palmeral cet été aux arènes de Bayonne)

# Posté le lundi 10 novembre 2008 22:08

Modifié le samedi 29 novembre 2008 18:57

Le cartel de l'espoir

Le cartel de l'espoir
Parfois dubitatif du spectacle qui lui est proposé, chaque aficionado possède en lui une part de rêve dont il sait qu'il a peu de chances de la voir se réaliser un jour dans un ruedo, sous ses yeux. Ainsi, une tarde avec six taureaux nobles pour trois toreros leur tirant deux cent passes chacun n'est pas une tarde de rêve ; de même d'un après-midi où l'on verrait quatre ou cinq toritos indultés grâce à leur noblesse naïve. Et d'ailleurs, je ne pense pas que des toros comme Idilico ou Desgarbado passeront à la postérité ; pour le premier des deux, on oubliera vite son nom, mais on saura par contre que c'est José Tomás qui l'a toréé. « Toréé » ? Oui, « toréé », mais pas combattu... C'est bien la le problème, car le torero réalise une faena de salon certes ; mais en face, la bête est ingénue et c'est de la que vient le manque de relief. L'important n'est pas le nombre d'oreilles et de queues coupées, ni le nombre de séries de passes effectuées par le torero.
En mettant de côté l'idée de la tarde de rêve, l'aficionado imagine parfois le cartel qui pourrait l'amener vers ce bonheur !
Pour ma part, et au vu de la temporada écoulée, je pense qu'un espoir est né ; celui de pouvoir aligner trois lidiadors dignes du nom sur une même affiche. Il y a encore une vingtaine d'années, on pouvait encore compter un bon nombre de lidiadors ; Dámaso González, Victor Mendes, Ruiz Miguel, Manili, Richard Milian ou Campuzano pour ne citer qu'eux. Aujourd'hui, ils se font de plus en plus rares et il est même fréquent de voir un torero à la rue dès que le moindre soupçon de caste s'éveille. Mais cette année comme je l'ai dit, trois toreros ont montré qu'ils avaient des qualités de lidiador et qu'ils pouvaient garder la tête froide face à n'importe quel bétail, montrant même une certaine aisance technique.
De mon côté, pour cette corrida, je mettrais en scène six taureaux de la ganadería de Raso de Portillo, qui témoignent d'une caste évidente, et parfois d'une bravoure exceptionnelle, comme ce bicho au pelage blanchâtre combattu l'an passé par Alberto Lamelas.
Pour les trois toreros dont je parlais, le chef de lidia serait José Pedro Prados « El Fundi », qui me paraît être une référence en matière de lidia et de sérieux. Et pour l'accompagner, Sergio Aguilar et Alberto Aguilar, le premier avec beaucoup de métier, un temple évident et un calme incroyable ; le second avec les dents longues, et qui peut s'affirmer comme un futur grand lidiador.
Peu importe le résultat : une, deux, trois ou aucune oreille ; car l'essentiel, c'est de pouvoir assister à une véritable course, avec des Toros et des hommes... Un joli cartel pour la temporada 2009, même si bien sûr, il ne pourra pas se produire plusieurs fois une même année. On peut également penser à un Diego Urdiales dans un grand jour, ou à d'autres... Quant au bétail, on pourrait également évoquer les Escolar Gil, et pourquoi pas les Joselito qu'aucune « figurita » ne veut affronter lors de la temporada prochaine ; mettez-les dans les mains des trois matadors cités plus haut, et vous serez loin d'être déçus...

Florent

(Photo : Sergio Aguilar à Céret)

# Posté le lundi 10 novembre 2008 07:54

Andaron y Andarán

Andaron y Andarán
Ayatollahs et talibans pour les frileux ; véritables défenseurs de la tauromachie pour d'autres... Dans tous les cas, l'ANDA (Association Nationale Des Aficionados) ne laissait pas indifférent ! Et je pense que l'essentiel résidait dans cela, le fait d'avoir une âme ; car combien d'entités taurines en ont une actuellement ?
L'ANDA, c'était pour moi un monument, des personnes qui n'avaient pas peur de dire ce qu'elles pensaient ; avec des idées géniales ! Car une « Egoïne d'or », une « Râpe d'argent », ou une « Lime de bronze » c'était une sacrée épine pour la réputation de l'éleveur, voire de l'organisateur. Et je ne me trompe pas en disant que les prix de fin de saison de l'ANDA constituaient une véritable référence, la preuve en est l'année dernière avec la novillada de Raso de Portillo de Parentis-en-Born que seule l'ANDA a récompensé, une course brave et authentique, ce qu'aimait saluer l'association. Alors qu'au contraire, les Clubs Taurins du Jaune et Cie préférent remettre chaque année le prix au meilleur lot de novillos à des courses bonitas, con nobleza y juego, comme l'on peut en voir à Samadet, à Garlin et ailleurs... Mais ce n'est pas ce que cherchait l'ANDA, qui privilégiait en particulier ces quatre valeurs : bravoure, caste, limpieza et authenticité.
On pourra également parler de l'amour que portait l'ANDA pour les arènes de Nîmes ; l'association allant même jusqu'à démontrer la légalité de la pratique de l'afeitado en France ! Une année, certains de ses membres demandèrent le remboursement de leur place à cause d'une corrida afeitée donnée dans les arènes de Nîmes... Ils furent déboutés et même condamnés au versement d'une somme devant le tribunal ; ce qui montra alors que l'afeitado n'était pas sanctionnable légalement, et peu sanctionnable sur l'honneur (hormis par les aficionados) car le milieu taurin n'a que faire de ce genre de dérive si cela peut arranger tous les bénéficiaires...
Je pourrais bien sûr multiplier les exemples mais me limiterai à ceux-ci. On retiendra de l'ANDA que c'était un organisme sérieux ; ce qui manque cruellement de nos jours. Je regrette cela ainsi que les prix de fin de saison, qui vont me manquer...

Bon vent,

Florent

# Posté le dimanche 09 novembre 2008 15:14