Raúl Velasco Olivares

Raúl Velasco Olivares
Si je vous parle de Raúl Velasco, cela ne vous dira rien ; et pour tout vous dire, c'était à peu près la même chose pour moi il y a quelques mois encore, je vous avouerai toutefois que je ne l'ai jamais vu toréé. Plusieurs personnes m'en ont donc parlé, un ami proche du torero nous le fait découvrir. Quant à moi, je me démènerai rapidement afin de voir Raúl dans les ruedos. Pour donner des repères : Raúl Velasco a pris l'alternative à la fin de la temporada 2007 ; l'année dernière, il a pris part à six corridas de toros formelles et à une dizaine de festivals ; s'il affronta une course de Alcurrucén à Cabanillas del Campo (Madrid), ce sont bien les Adolfo Rodríguez de Montesinos qu'il a le plus combattu vêtu de lumières en 2008, la première fois à Moral de Calatrava (Ciudad Real) le 16 août, puis à Pioz (Guadalajara) le 27 août, coupant respectivement deux et trois oreilles. Sur ce, je vous laisse avec quelqu'un qui vous parlera de Raúl Velasco bien mieux que moi :


" Ce 19 mai 2003 à Las Ventas, je découvris ce petit novillero de Castille. Loin de moi l'idée que notre amitié allait débuter ainsi.
Lassé de sillonner les petits villages de la vallée de la terreur, le novillero s'est éteint « en homme » à Las Ventas, se coupant la coleta. Faute d'opportunités, l'intéressé s'expliqua par voix de presse pour se justifier de ce verdict sans appel : « Cet après midi était clé. Soit je sortais par la grande Porte, soit je me retirais. Malheureusement j'ai du me résoudre pour l'option que je redoutais »... Au placard le rêve de triomphes.
Et puis, hors du mundillo, Sonia, sa famille, ses amis, l'avons soutenu, pour se reconstruire... certes, à notre manière.
Et puis, il répondit aux appels de ses amis ganaderos « Viens tienter quelques vaches, j'ai besoin de toi ! »Et puis, avec force et abnégation, il fut invité à reprendre l'épée lors de festivals à but caritatif... on l'appela ensuite afin de compléter des carteles... Il n'était pas si loin du mundillo finalement...
Trois ans après sa petite mort, comment ne pas me souvenir de notre conversation sur une route nous menant ensemble vers le petit village de La Carolina... Enième invitation pour une tienta. Entre deux sujets, il me glissa vouloir reprendre l'épée... Stupéfait d'une telle confidence, je laissai parler mon silence ; espérant éviter lui donner mon avis sur une telle décision. Que répondre ? Qui aurait été le plus égoïste pour convaincre l'autre ? Lui conseiller d'abandonner l'idée ? Le supplier en invoquant la souffrance des siens l'aurait amené sur l'échafaud. Non, à ma décharge, seul son c½ur avait le droit de réponse. Au diable l'avis extérieur.
A notre retour sur Madrid, et malgré ma promesse, je cherchais à partager cette nouvelle. J'implorai notre ami en commun Sergio, de la deviner grâce à ce jeux puéril du « ni oui, ni non », car trop lourd à garder pour moi seul.
Le temps passa... Et c'est le 22 septembre 2007 à Villaviciosa de Odón que le matador de toros Raúl Velasco Olivares naquit, des mains d'Antón Cortés et sous la présence de l'andalou Salvador Vega. Le premier toro – de El Torreón – pour Raúl était lourd mais encasté, se montrant combattif à la pique. A la cape, Raúl fut hésitant voire même brouillon. Car trois années loin des ruedos ne s'effacent pas aussi facilement. Cependant, au fur et à mesure de la faena, sa technique l'aida à retrouver son toreo, ses pieds arrimés au sol, son buste droit, et ses muletazos de plus en plus profonds apportèrent l'émotion dans les tendidos. Au moment de l'estocade, je gardai la tête dans ma chemise, mes yeux scrutant mes chaussettes, souhaitant simplement revoir mon pote le soir venu. Trois quart d'épée en bonne place, le toro s'écroula rapidement, Raúl obtint deux oreilles justifiées. J'observai tout le monde ; certains visages se relâchèrent, quant à moi, mes pensées allaient à ce second toro et m'empêchèrent pleinement de profiter des combats suivants. Le sixième bicho qui sortit du toril était le plus imposant du lot, toutefois moins brave que le premier, mais il humiliait tout de même et affichait une noblesse permettant à Raúl d'exprimer une fois encore toute la panoplie de son toreo. Face à cette noblesse, la profondeur des muletazos de mon ami me permirent de me relâcher, je puis enfin profiter de la faena, le plaisir prenant le pas sur l'angoisse. La faena touchant à sa fin, le danger approcha, le toro allant a menos. En professionnel qu'il veut être, Raúl tira le maximum du toro... Pourtant, j'appris par la suite que cet animal avait stationné plus d'une heure et demie dans les rues de la ville au cours de l'encierro matinal, refusant de rentrer dans les corrales ! Quelle aurait été notre réaction à tous si nous en avions été informés? Au détour d'une naturelle, le toro s'arrêta, se retourna et infligea une première voltereta, blessant le torero à la cuisse gauche. Depuis les tendidos, nous lui supplions d'abréger, mais en matador de toros, il se releva pour donner une dernière série émouvante et exposée, afin de ne pas rester sur cet accrochage. Au moment de l'estocade, il se jeta avec toute sa sincérité sur le toro, mais la corne le percuta au visage : peur, panique et angoisse dans les gradins, Raúl resta au sol, de nouveau commotionné, mais il se releva comme le font certains novilleros morts de faim. Pour nous rassurer ou pour oublier le pire, on justifiera l'estafilade au visage d'une erreur de rasage matinal. Devant tant d'émotion, la présidence accordera de nouveau deux oreilles, ce qui est normal au vu de la plaza.
Fin juillet 2008, au détour d'une conversation téléphonique, Raúl m'apprit qu'il avait affronté l'élevage de Alcurrucén la semaine précédente à Cabanillas del Campo – là-aussi près de Madrid –, il était accompagné des toreros Uceda Leal et Fernando Cruz. Sa reseña orale fut trop évasive à mon goût, je m'empressai alors de consulter les comptes-rendus disponibles sur Internet, pour une pêche aux infos. Dios mio ! Stupéfaction au vu des photos de la tarde, nouvelle sortie en triomphe au prix d'une terrible voltereta. Mais dans tous les cas, les critiques furent flatteuses pour Raúl, car le lot du jour était sérieux et aurait pu passer dans des arènes bien plus importantes.
Un mois plus tard, je lui confirmais le désir ne plus vouloir l'accompagner au cours de ses prochains paseos !
Puis Luc, un jeune aficionado bayonnais confirmé de vingt ans désira le voir toréer et arriva à me convaincre de faire un aller/retour jusqu'à Pioz, petite bourgade de la province de Guadalajara.
Au cartel, Raúl accompagnait Fernando Robleño et Javier Castaño pour lidier des toros du célèbre Adolfo Rodríguez de Montesinos, la deuxième fois de la saison qu'il les affrontait. Avant de pénétrer dans cette arène portative, j'hésitais à rester dans le bar du village et à attendre la fin de la course. Alors que j'allais rebrousser chemin, l'amie de Raúl me tendit une place. Tête basse, je me positionnai dans la file d'attente. Depuis le haut des tendidos – équivalent à des barreras de beaucoup d'arènes – j'observai avec inquiétude les deux premiers toros ; grands, sérieux, vendant chèrement leur peau, la marque des toros de respect. Robleño et Castaño écoutèrent silence et applaudissements à chacun de leur passage sur ce ruedo castillan.
Pendant, la première faena de Raúl, mes yeux se tournaient davantage vers la beauté du paysage et du château fort qui surplombaient la scène que vers la piste ! Ratant la moitié du spectacle ! Tampis ! L'½il averti de Luc me raconta le reste. Le danger était permanent avec son premier adversaire, Raúl l'affronta malgré l'adversité, payant cet effort d'un gros vol plané ; il reçut une oreille après une estocade engagée.
Mes voisins de tendidos s'interrogèrent sur le valiente qu'ils venaient de voir toréer. Je restai pour ma part surpris de leur ignorance sur le torero.... A vrai dire, quelques années auparavant, Raúl avait gracié un novillo de la ganadería El Estoque dans cette même arène. Comment peut-on oublier un indulto ? Un tel évènement étant à chaque fois loué ou contesté, mais il reste dans les mémoires. Lors de sa vuelta al ruedo, Raúl s'étonna de ma présence dans les tendidos et me regarda avec un sourire moqueur. Mes voisins m'interrogèrent alors, c'était la mort du troisième toro de l'après-midi, ils m'invitèrent à boire una caña, me proposèrent un pincho de tortilla. Je refusai leur gentillesse, cela s'expliquant par une unique envie : celle de m'en aller ! Malgré du genio, le second de Raúl était joueur sur la corne gauche, il en profita pour réaliser une faena exclusivement de ce côté, avec des naturelles portant la marque des plus grands – dixit Luc – ! Belle personnalité, main basse, menton dans la poitrine et la jambe en avant. La mise à mort très engagée lui permit de couper sans contestation deux trophées. Sa vuelta finale fut émouvante lorsque l'on sait d'où revenait Raúl : une véritable traversée du désert.

Mes premières pensées vont bien sûr à ses parents et à ses proches... Je leur tire mon coup de chapeau pour avoir accepté une telle souffrance au moment de chaque paseo. Malgré tout, ils l'accompagnent, le supportent, tant dans ses moments de gloire que dans ses peines. Une belle marque d'amour. Je ne peux m'empêcher de penser à toutes les personnes qui gravitent autour des toreros et qui se glorifient d'en connaître un... Pour ma part, malgré mon afición, je souhaiterais avoir une mémoire sélective pour oublier tous ces moments d'inquiétude. Je me résous donc à attendre et à espérer que cela passe ; et je me raccroche au bonheur de mon pote.
Ce qui est certain et j'en suis sûr, c'est que par sa persévérance, son amour du toro, Raúl atteindra son objectif. Il le sait plus que quiconque... Et le mérite finit toujours par payer.

Suerte amigo ! "

# Posté le jeudi 08 janvier 2009 10:33

Modifié le vendredi 09 janvier 2009 14:09

Méditation

Faut-il réellement apporter des modifications au tercio de piques ? Aux dernières dépêches : les toros actuels ne seraient plus à même de supporter ce passage de la lidia, cela les diminuerait trop fortement et les empêcherait de « permettre » une faena conséquente. Ne voulant pas débattre là-dessus aujourd'hui, je vous laisse suivre mon regard, en visionnant cette vidéo des tercios de piques de la novillada de Raso de Portillo à Parentis en 2008 ; vous comprendrez ce que je pense de cette volonté absolue du changement...

Florent

# Posté le mercredi 07 janvier 2009 11:41

Il y a vingt ans : Céret

Il y a vingt ans : Céret
1988 : une année importante dans l'histoire taurine cérétane puisque quelques aficionados téméraires tentent le pari d'organiser une corrida de toros. Ils éprouvent par ailleurs des difficultés pour monter ce spectacle, devant même payer de leur poche. L'été arrive, le grand jour aussi : c'est le dimanche 17 juillet. A l'affiche, six toros du Puerto de San Lorenzo, très bien présentés et redoutablement armés. Face à ce lot, il y a Ruiz Miguel, Nimeño II ainsi que le portugais Rui Bento Vasques. C'est le français qui tire son épingle du jeu et qui inscrit un triomphe notable, obtenant les deux oreilles du cinquième exemplaire. Inutile de raconter la suite car tout le monde la connaît : vingt ans plus tard, l'Association Des Aficionados Cérétans est toujours là. Elle est le symbole français du respect du Toro et de sa lidia et elle remplit parfaitement sa position dans ce créneau, s'inscrivant comme une référence. Espérons que cela durera encore longtemps !

Les ganaderías pour l'édition 2009 de « Céret de Toros » ont été annoncées ces derniers jours, il en sera ainsi :
Samedi 11 Juillet (18h) – Corrida de Manuel Assunçao Coïmbra
Dimanche 12 Juillet (11h) – Novillada de Alfonso Sánchez-Fabrés
Dimanche 12 Juillet (18h) – Corrida de los Hijos de Don Celestino Cuadri Vides

Florent
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# Posté le lundi 05 janvier 2009 06:32

Entrega y corazón

Entrega y corazón
C½ur et engagement. Deux éléments qui semblent manquer de manière considérable à la diaspora actuelle des novilleros, aspirants ou confirmés. Trop souvent, la froideur et le conformisme prennent le pas sur la sincérité et l'envie. Cependant, il existe toujours des novilleros prêts à donner leur vie et à quitter la plaza sans la moindre once d'énergie, l'habit de lumières sali par le sang et la sueur. Tel est le cas d'Alberto Lamelas, ce novillero andalou un peu juste techniquement, parfois brouillon, mais capable de donner une émotion supplémentaire, de se livrer corps et âme dans le combat, jusqu'à l'inconscience, limitant les hypothèses de sortie de la plaza à deux : soit par la grande porte, soit par celle plus étroite de l'infirmerie. Attention, car il ne s'agit pas ici de vouloir donner une pantalonnade pueblerina afin de toucher la sensiblerie d'un public peu averti mais bien de toréer dans les canons avec un courage hors norme, afin d'essayer d'être à la hauteur du taureau. Alberto Lamelas n'est pas un novillero quelconque, il apparaît à contre-courant de beaucoup d'autres novilleros, n'attendant pas un novillo noblón pour briller, pour démontrer son entrega. Il est sûrement l'un des novilleros les plus aguerris de l'escalafón et peut-être même le plus capable de triompher des novilladas issues d'élevages dits « de respect ». Ces dernières années, je n'ai vu qu'un seul novillero attendre trois fois ses trois adversaires face au toril sans bouger d'un millimètre, un seul novillero poser une paire de banderilles al quiebro au centre du ruedo, un seul novillero s'investir à l'extrême dans la lidia, et un seul novillero effectuer ses vueltas al ruedo physiquement éprouvé, le visage en sueur mais le sourire aux lèvres ; et dans tout les cas, il s'agissait d'Alberto Lamelas ! Un novillero au grand c½ur comme on aimerait en voir plus souvent.

Florent

(Photo de Yannick : Alberto Lamelas à Millas en 2007)

# Posté le dimanche 04 janvier 2009 12:06

Le choix d'Orthez

Le choix d'Orthez
Ces dernières temporadas, les organisateurs d'Orthez ont opté pour des ganaderías françaises : un lot de la famille Gallon en 2006, deux des frères Jalabert les années suivantes. Cette année, Orthez change de cap et lance une politique de découverte d'élevages inconnus, ce qui est une aubaine, car n'est-ce pas de cette manière que naissent les révélations ? Divers noms de ganaderías ont circulé, puis le choix définitif s'est fait il y a maintenant quinze jours, avec deux élevages de l'encaste Santa Coloma : le matin, quatre novillos d'Angel Nieves García seront combattus avec picadors (Orthez n'avait jusque là organisé que des non piquées matinales) ; les toros de l'après-midi seront quant à eux porteurs du fer d'Adolfo Rodríguez de Montesinos. Il s'agit donc d'élevages inédits ou presque (Angel Nieves a déjà envoyé un toro pour un concours à Vic) sur notre territoire, et il sera ainsi intéressant de faire leur découverte !
Cependant, on peut s'étonner du fait qu'un lot (celui de Montesinos en question) soit critiqué avant sa sortie en piste. Un blâme est donné à un élevage inconnu, alors que l'on ne sanctionne pas pour autant des élevages présents depuis des décennies en France mais qui n'apportent que morosité au spectacle taurin, le monde à l'envers n'est-ce pas ?
De plus, qui aurait osé émettre un jugement sur les toros de Jean-Louis Darré avant leur présentation en corrida à Vic-Fezensac en août dernier ? En revanche, lorsqu'il s'agit de petits organisateurs qui se démènent afin d'innover avec quelconque élevage ibérique, on essaye de leur mettre des bâtons dans les roues, ce qui est purement inacceptable !

Suerte à Orthez pour cette journée taurine !

Dimanche 26 Juillet 2009 – Arènes du Pesqué
11h – Novillada de Angel Nieves García (origine Santa Coloma via San Martín)
18h – Corrida de Adolfo Rodríguez de Montesinos (origine Santa Coloma Buendía-Graciliano-Coquilla)

Florent

(Photo du lot de Montesinos pour Orthez tirée du blog de Xavier Klein)

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 18:03