Cela pouvait ressembler au début d'un cauchemar : un novillo puntillé en piste à cause d'une patte cassée ; son remplaçant se coinçant la tête une vingtaine de secondes à la sortie du toril. Pire début : était-ce possible ?
Par ailleurs, les « accidents » se sont multipliés tout le long de cette course d'ouverture de la temporada française. Les pensionnaires de Jean-Louis Darré – nés de vaches de Santafé Martón – ont montré une grande fragilité physique et nul doute que l'hiver ne leur a pas été bénéfique ! Face à ce lot aux pattes en porcelaine de Limoges ou en faïence de Samadet (selon les préférences), trois novilleros originaires du pays d'Arles composaient le cartel.
La semaine dernière, l'alternative du novillero Román Pérez était annoncée en même temps que la temporada arlésienne. Second de l'escalafón l'an passé, c'était le début d'une dernière saison dans l'échelon inférieur pour Román Pérez qui devait normalement être à la hauteur de la course du jour ! Mais malgré une technique évidente, l'arlésien a montré une impressionnante vulgarité. Le premier bis était faible mais très noble. Face à ce bicho : on a vu un Román Pérez jamais croisé, usant et abusant du pico, d'ornements excessifs... Le couronnement de cette parodie de trasteo fut une ignoble épée plongée dans la « soute ». Le quatrième novillo était manso, et Román Pérez se contenta d'arracher un quotas minimum de muletazos au lieu d'intéresser progressivement son adversaire. Il tua également d'un bajonazo en prenant l'autoroute et retourna au burladero un grand sourire aux lèvres. Manque de respect envers les taureaux, envers la lidia, envers ses compagnons de cartel et envers le public. D'autres novilleros auraient aisément pu faire le paseo à sa place aujourd'hui où il a été à la tauromachie ce que Bernard-Henri Lévy est à la philosophie française.
Le second novillero du jour était Tomasito, un ancien élève de l'école taurine d'Arles toujours sous la houlette de Paquito Leal. Son premier adversaire était faible et noble, il s'esquinta la patte dès son entrée en piste et fit une vuelta de campana qui n'arrangea pas vraiment les choses. Tomasito ne parvînt pas à tirer le meilleur de ce novillo, voulant trop bien faire, ce qui le rendit nerveux. Il s'engagea au moment d'estoquer et plaça une épée contraire. L'arlésien proposa les meilleurs moments de l'après-midi face au cinquième avec de superbes véroniques ponctuées par une élégante media. Il effectua ensuite un quite par lopecinas qui réveilla les gradins. Ce fut tout autre chose à la muleta, le bicho s'avérant compliqué. Mais Tomasito se mit tout de même devant avec plus ou moins de réussite. Il récolta par ailleurs une voltereta sans conséquences puis obtint la première oreille du jour suite à une mise à mort engagée.
Mario Guirao – d'Hagetmau – venait en voisin pour ses débuts avec picadors. Son manque d'expérience se fit sentir face au troisième novillo de l'après-midi, maniable mais désintéressé en fin de parcours. A noter que le novillero ne banderille plus. Mais c'est face au sixième que Guirao livra une prestation étonnante, parsemée d'erreurs techniques mais pleine d'envie, de sincérité et de vaillance. Malheureusement, son effort ne fut pas apprécié à sa juste valeur, le public préférant s'extasier devant le pasodoble joué par la peña locale. Le novillero landais tua d'une bonne estocade et reçut une oreille méritée.
Quant à la lidia des novillos de Jean-Louis Darré, elle fut en général galvaudée, avec des tercios de piques au simulacre et des banderilles défaillantes. Les bêtes n'étaient pas aptes physiquement au combat, et les armures éclatèrent dès les premiers remates.
Pour finir : à quoi bon continuer à mettre au palco une personne avinée, au temps de réaction quintuplé, se désintéressant totalement de ce qui se passait en piste et ne respectant pas le règlement (le troisième novillo n'avait aucune banderille sur le dos)
Force est de constater que de nombreux aficionados auraient pu assurer cette fonction avec intérêt et dignité... Ce qui ne fut pas le cas aujourd'hui.
Samadet (Landes) – Dimanche 8 Février 2009 – 15h30 – Novillada
6 Novillos de Camino de Santiago (Propriété de Jean-Louis Darré), corpulents mais pauvres d'armures, les cornes éclatant aux premiers contacts avec les planches. Ils furent très faibles de pattes, la plupart perdant les ongles de leurs sabots. Ils donnèrent un jeu inégal, nobles les deux premiers, maniable puis retranché le troisième, manso le quatrième, compliqué le cinquième et maniable l'ultime. Le lot prit un total de huit piques. Le premier novillo se cassa une patte et fut puntillé en piste par Lauri Monzon, il fut remplacé par un exemplaire du même fer.
Román Pérez (crème pâtissière et or soutaché de noir) : légers sifflets et silence
Thomas Joubert « Tomasito » (bleu marine et or) : salut au tiers et une oreille
Mario Guirao (blanc et or) : silence et une oreille
Novillada de la Feria de la Faïence. Deux tiers d'arène. Température fraîche à l'intérieur du gymnase. Président : Manolo Gloria. Durée : 2h25. Prix au meilleur novillero attribué à Mario Guirao.
Novillos de Camino de Santiago
1. n°21 negro
1 bis.n°18 negro – 1 pique
2. n°5 negro bragado meano – 1 pique
3. n°12 negro meano – 2 piques
4. n°11 negro – 1 pique
5. n°20 negro – 1 pique
6. n°8 negro – 2 piques
(Photo : Tomasito face au second)
Florent




