Samadet (Landes) – Dimanche 8 Février 2009 – 15h30 – Novillada

Samadet (Landes) – Dimanche 8 Février 2009 – 15h30 – Novillada
FAIENCE EN GUISE DE PATTES ET DE CORNES

Cela pouvait ressembler au début d'un cauchemar : un novillo puntillé en piste à cause d'une patte cassée ; son remplaçant se coinçant la tête une vingtaine de secondes à la sortie du toril. Pire début : était-ce possible ?
Par ailleurs, les « accidents » se sont multipliés tout le long de cette course d'ouverture de la temporada française. Les pensionnaires de Jean-Louis Darré – nés de vaches de Santafé Martón – ont montré une grande fragilité physique et nul doute que l'hiver ne leur a pas été bénéfique ! Face à ce lot aux pattes en porcelaine de Limoges ou en faïence de Samadet (selon les préférences), trois novilleros originaires du pays d'Arles composaient le cartel.

La semaine dernière, l'alternative du novillero Román Pérez était annoncée en même temps que la temporada arlésienne. Second de l'escalafón l'an passé, c'était le début d'une dernière saison dans l'échelon inférieur pour Román Pérez qui devait normalement être à la hauteur de la course du jour ! Mais malgré une technique évidente, l'arlésien a montré une impressionnante vulgarité. Le premier bis était faible mais très noble. Face à ce bicho : on a vu un Román Pérez jamais croisé, usant et abusant du pico, d'ornements excessifs... Le couronnement de cette parodie de trasteo fut une ignoble épée plongée dans la « soute ». Le quatrième novillo était manso, et Román Pérez se contenta d'arracher un quotas minimum de muletazos au lieu d'intéresser progressivement son adversaire. Il tua également d'un bajonazo en prenant l'autoroute et retourna au burladero un grand sourire aux lèvres. Manque de respect envers les taureaux, envers la lidia, envers ses compagnons de cartel et envers le public. D'autres novilleros auraient aisément pu faire le paseo à sa place aujourd'hui où il a été à la tauromachie ce que Bernard-Henri Lévy est à la philosophie française.

Le second novillero du jour était Tomasito, un ancien élève de l'école taurine d'Arles toujours sous la houlette de Paquito Leal. Son premier adversaire était faible et noble, il s'esquinta la patte dès son entrée en piste et fit une vuelta de campana qui n'arrangea pas vraiment les choses. Tomasito ne parvînt pas à tirer le meilleur de ce novillo, voulant trop bien faire, ce qui le rendit nerveux. Il s'engagea au moment d'estoquer et plaça une épée contraire. L'arlésien proposa les meilleurs moments de l'après-midi face au cinquième avec de superbes véroniques ponctuées par une élégante media. Il effectua ensuite un quite par lopecinas qui réveilla les gradins. Ce fut tout autre chose à la muleta, le bicho s'avérant compliqué. Mais Tomasito se mit tout de même devant avec plus ou moins de réussite. Il récolta par ailleurs une voltereta sans conséquences puis obtint la première oreille du jour suite à une mise à mort engagée.

Mario Guirao – d'Hagetmau – venait en voisin pour ses débuts avec picadors. Son manque d'expérience se fit sentir face au troisième novillo de l'après-midi, maniable mais désintéressé en fin de parcours. A noter que le novillero ne banderille plus. Mais c'est face au sixième que Guirao livra une prestation étonnante, parsemée d'erreurs techniques mais pleine d'envie, de sincérité et de vaillance. Malheureusement, son effort ne fut pas apprécié à sa juste valeur, le public préférant s'extasier devant le pasodoble joué par la peña locale. Le novillero landais tua d'une bonne estocade et reçut une oreille méritée.

Quant à la lidia des novillos de Jean-Louis Darré, elle fut en général galvaudée, avec des tercios de piques au simulacre et des banderilles défaillantes. Les bêtes n'étaient pas aptes physiquement au combat, et les armures éclatèrent dès les premiers remates.

Pour finir : à quoi bon continuer à mettre au palco une personne avinée, au temps de réaction quintuplé, se désintéressant totalement de ce qui se passait en piste et ne respectant pas le règlement (le troisième novillo n'avait aucune banderille sur le dos)
Force est de constater que de nombreux aficionados auraient pu assurer cette fonction avec intérêt et dignité... Ce qui ne fut pas le cas aujourd'hui.


Samadet (Landes) – Dimanche 8 Février 2009 – 15h30 – Novillada

6 Novillos de Camino de Santiago (Propriété de Jean-Louis Darré), corpulents mais pauvres d'armures, les cornes éclatant aux premiers contacts avec les planches. Ils furent très faibles de pattes, la plupart perdant les ongles de leurs sabots. Ils donnèrent un jeu inégal, nobles les deux premiers, maniable puis retranché le troisième, manso le quatrième, compliqué le cinquième et maniable l'ultime. Le lot prit un total de huit piques. Le premier novillo se cassa une patte et fut puntillé en piste par Lauri Monzon, il fut remplacé par un exemplaire du même fer.

Román Pérez (crème pâtissière et or soutaché de noir) : légers sifflets et silence
Thomas Joubert « Tomasito » (bleu marine et or) : salut au tiers et une oreille
Mario Guirao (blanc et or) : silence et une oreille

Novillada de la Feria de la Faïence. Deux tiers d'arène. Température fraîche à l'intérieur du gymnase. Président : Manolo Gloria. Durée : 2h25. Prix au meilleur novillero attribué à Mario Guirao.

Novillos de Camino de Santiago
1. n°21 negro
1 bis.n°18 negro – 1 pique
2. n°5 negro bragado meano – 1 pique
3. n°12 negro meano – 2 piques
4. n°11 negro – 1 pique
5. n°20 negro – 1 pique
6. n°8 negro – 2 piques

(Photo : Tomasito face au second)

Florent

# Posté le lundi 09 février 2009 13:24

Modifié le lundi 09 février 2009 17:49

Sueños de bravura

Sueños de bravura
Nul n'ignore que l'afición est synonyme d'aventure. De ce fait, chaque passionné vit avec l'espoir de découvrir des choses nouvelles et quelque peu exotiques.
En quittant la finca de Raso de Portillo vendredi dernier, nous voulions absolument découvrir une ganadería mentionnée sur le site du Centro Etnográfico del Toro de Lidia : du nom de Trifinio Vegas López. Elevage a priori situé à trente kilomètres de Boecillo ; à Matapozuelos plus exactement. Cette ganadería de Vegas López était annoncée comme étant d'origine Santa Coloma. Arrivés là-bas, pas de bêtes si ce n'est une plaza de tienta touristique. Bref, rien à se mettre sous la dent. Mais le portail annonçait également une ganadería d'origine Santa Coloma / Saltillo à La Seca, dix kilomètres plus loin. La ligne AVE séparant les deux villages. Une fois à La Seca, rien à l'horizon si ce n'est quelques pâtés de maison au milieu du campo castillan. Puis nous posâmes pied à terre. Une centaine de mètres plus loin : des bovins, peut-être du ganado bravo ?
Et ils avaient effectivement des armures rappelant les encastes Saltillo et Santa Coloma, mais il devait probablement y avoir une autre origine ; certains bichos arborant un pelage châtain. Il s'agissait là de l'élevage de Virgilio Colorado Moyano, composé de vingt-cinq têtes de bétail, dont un semental. Quant à l'afición, c'est aussi découvrir l'inconnu et mettre les pieds « hors des sentiers battus » comme l'on dit.

Florent

# Posté le vendredi 06 février 2009 12:05

Mythe et passion

Mythe et passion
Ils étaient là ; aux portes de cette forêt de pins. Ils étaient là ; paissant paisiblement. Ils étaient plus d'une quinzaine, tel un petit bataillon. Ils n'étaient pas terrifiants, mais cela n'est pas important. Car c'est bien le moral qu'ils montreront en piste qui passionnera : à Parentis, à Aldeamayor de San Martín ou ailleurs.
Sauvages, puissants, fiers, encastés, braves : tant de qualificatifs devenus rares aujourd'hui mais qui se sont tous appliqués aux grands frères des combattants en question. Ils portaient, ils portent et ils porteront le fer de Raso de Portillo. Un nom illustre et antique. Non sans fierté, le señor Gamazo nous faisait découvrir il y a quelques jours ses taureaux, et les terres de cette ganadería, la plus ancienne d'Espagne.
Les moruchos castellanos du quinzième siècle ne sont plus là. Mais les bêtes portant le même nom et vivant sur les mêmes terres depuis bien longtemps maintenant n'échappent pas à la nostalgie et à la romance. Le sang qui coule dans les veines de ces Raso de Portillo est varié, il y a du Santa Coloma, du Parladé ; des apports de divers élevages, comme celui de Dionisio Rodríguez.
Ce bétail unique vit sur les terres du village de Boecillo, au sud de Valladolid. Sur neuf cent hectares, il y a six cent quatre-vingt bêtes, diverses origines donc, et divers pelages aussi. C'est de cette grande finca très arborée que viennent ces taureaux mystiques, qui vendront chèrement leur peau l'été venu.
Raso de Portillo, c'est une ganadería pluriséculaire. En France, son histoire est courte, mais elle défraie la chronique. Cette histoire : ce sont deux courses à Parentis, ou plutôt deux novilladas, deux séismes, deux pavés dans la mare, douze bêtes, douze histoires de passion, l'émotion à la clé, la peur, l'incertitude, une atmosphère tragique. Espérons que l'histoire sera longue. En attendant, le señor Gamazo est un ganadero heureux, romantique, et surtout aficionado. Il aime la lidia, et il sait que ses taureaux, marqués Raso de Portillo ou El Quiñón, ne le décevront pas.

Florent

(Photo : Un semental de quatre ans)

# Posté le mercredi 04 février 2009 06:37

Ajalvir (Madrid) – Samedi 31 Janvier 2009 – 16h30 – Corrida

Ajalvir (Madrid) – Samedi 31 Janvier 2009 – 16h30 – Corrida
L'EXPANSION DU CONGÉLATEUR AU DOMAINE DU TORO

Avec ce petit séjour hivernal en Castille ; l'opportunité nous était donnée de voir deux corridas de toros. Ce qui est plutôt rare pour la saison. Et il est vrai que l'on a en général peu à attendre de ce genre de rendez-vous. Cependant... Un lot de Alberto Mateos Arroyo (origine Baltasar Ibán) était prévu le dimanche et cela pouvait entretenir quelque espoir. Malheureusement, la course a été annulée à cause des fortes chutes de neige qui ont recouvert en peu de temps la région de Madrid. Dans tous les cas, il n'aurait pas été possible de voir cette course de Mateos Arroyo, deux toros s'étant tués au campo. Ainsi, elle était préalablement remplacée par un lot de Cándido García Sánchez, élevage comprenant des toros d'origine Atanasio Fernández et d'autres d'encaste Santa Coloma.

Mais la corrida du samedi a eu lieu ! C'était la première course formelle de l'année en Europe, porteuse du fer de Rocío de la Cámara... Une ganadería chère à tant d'aficionados français dans les années 90 mais qui est aujourd'hui tombée dans l'oubli. Avec les différents rafraîchissements opérés, les toros n'ont désormais que le hierro comme point commun avec ceux de l'époque. Il faisait donc très froid ce samedi en périphérie madrilène, tant à cause de la température que par le vent glacial tourbillonnant. Les plus prévoyants étaient couverts jusqu'au nez, d'autres avaient pour seule protection une bouteille de quelconque liquide, bien souvent alcoolisé et de teinte roja.
La course de Rocío était bien présentée, mais elle est sortie comme l'écrasante majorité des toros à l'heure actuelle. C'est-à-dire maniable, mais faible et de peu de race. Le premier torero du jour était le valencien Javier Rodríguez. Désavantagé par un physique peu athlétique, il passa à côté d'un adversaire offrant des possibilités puis mit davantage de volonté dans son deuxième combat même si cela ne fît pas tout. Javier Rodríguez tua de deux bajonazos que l'on voyait venir depuis Burgos...
Que dire de Sánchez Vara si ce n'est que sa prestation a été décevante? On serait même en mesure de dire qu'avec cette corrida, il est « le torero pueblerino » par excellence. Il a certes été professionnel, mais toujours très loin de ses adversaires. Tant à la muleta qu'avec les banderilles qu'il posa à morrillo passé. On pouvait espérer bien mieux de sa part... Il obtint quatre oreilles de pueblo.
Torres Jerez a quant à lui donné les meilleurs gestes de l'après-midi face au troisième, un toro tué par une monopique dans l'épaule. Bonnes dispositions du matador tant à la cape qu'à la muleta, mais il tua mal. Le second bicho du torero de Almería était très faible et n'avait aucune banderille sur le dos au moment où sonnaient les clarines pour le troisième tiers. Torres Jerez fut contraint à une faena d'infirmier et le public ne voulut apparemment pas voir Sánchez Vara sortir seul en triomphe, deux oreilles après avis.

On a ainsi assisté à une corrida de début de saison, qui plus est dans un pueblo. Il ne fallait donc pas s'attendre à meilleure issue. Les tercios de piques étant toujours aussi désolants. Pour sa part, la course de Alberto Mateos restera une énigme !


Ajalvir (Madrid) – Samedi 31 Janvier 2009 – 16h30 – Corrida

6 Toros de Rocío de la Cámara (Trois d'origine Núñez et trois d'origine José Luis Osborne) bien présentés, de corpulence diverse mais tous armés vers le haut. Ils prirent un total de six piques mal administrées. Le lot fut maniable ensuite bien que manquant en général de forces et de race, le dernier invalide.

Javier Rodríguez (marine française et or) : silence et une oreille
Francisco Javier Sánchez Vara (police nationale française et or) : deux oreilles et deux oreilles
Torres Jerez (pistache et or) : salut au tiers et deux oreilles après avis

Toros de Rocío de la Cámara
1. “Canastero” n°115 negro (né en octobre 2004)
2. “Presumido” n°125 negro (né en janvier 2005)
3. “Serpentino” n°9 negro (né en octobre 2004)
4. “Llaverito” n°8 castaño albardado listón (né en janvier 2005)
5. “Irlandés” n°19 castaño oscuro listón bragado (né en octobre 2004)
6. “Colorista” n°122 negro meano (né en octobre 2004)

Corrida de la Feria de la San Blas. Un tiers d'arène et temps de saison (c'est-à-dire d'hiver) avec vent violent en début de course. Sortie à hombros de Sánchez Vara et Torres Jerez. Durée : 2h05. Entrées de 25 à 40 euros.

(Photo : Pas de résolutions 2009 pour le premier tercio...)

Florent

# Posté le lundi 02 février 2009 16:19

Modifié le lundi 02 février 2009 18:25

La vie des hommes illustres

La vie des hommes illustres
Bien qu'elle puisse paraître tout à fait banale, cette histoire est devenue exceptionnelle et unique. Je parle là d'un jeune homme espagnol désirant devenir matador de toros, comme il y en a beaucoup.. Celui-ci intégra une école taurine, puis reçut l'alternative dans un petit village, comme beaucoup là-aussi.
Vingt ans plus tard, le jeune homme est devenu le matador de toros par excellence, le spécialiste des toros de respect, ceux qui sont redoutés et qui constituent un sujet tabou pour les « figuras ».
Ce matador a acquis une notoriété en France avant de la gagner en Espagne. Ce type, il s'appelle José Pedro Prados, dit « El Fundi », il a quarante-deux ans et se lève depuis bien longtemps de nombreuses fois par an afin de montrer qu'il est capable de s'imposer face à n'importe quel taureau. El Fundi est toujours apparu comme quelqu'un d'honnête avec les pieds sur terre ; mais c'est pourtant l'un des toreros qui a été le plus injustement critiqué. Il paraît qu'il ne sait pas transmettre, ni lier ses faenas, et qu'il n'est point capable de s'imposer face aux toros d'encaste Domecq. Peu importe, car El Fundi connaît le goût du triomphe authentique. Et ne l'a-t-il jamais prouvé chez nous ? A Mont-de-Marsan, Bayonne, Céret, Vic-Fezensac, Nîmes, Arles, Béziers, Istres, Dax, Aignan et j'en passe ?
Malheureusement, le Fundi subit de plus en plus les inepties du public du dimanche pour son approche dominatrice de la lidia alors que ce même public s'extasie devant les populistes. Mais bien plus grave, c'est la qualité d'homme du matador que l'on remet aujourd'hui en question. Simplement pour justifier de manière fumeuse son absence lors d'une grande feria française de début de saison. Et dès maintenant, on fera la différence entre les aficionados de verdad et les intéressés.

Au fait, au cartel de la corrida-concours d'Arles 2008, il y avait Luis Francisco Esplá, Sergio Aguilar et Javier Valverde...

Florent

# Posté le jeudi 22 janvier 2009 13:58