De l'abus du mouchoir blanc au pays de Montesquieu

De l'abus du mouchoir blanc au pays de Montesquieu
La Brède (Gironde) - Samedi 23 Juin 2007 - 18h

Cette corrida symbolisant le dixième anniversaire de la tauromachie à La Brède commença avec une vingtaine de minutes de retard, les organisateurs justifiant dans un premier temps ce retard par une importante affluence à la taquilla puis dans un deuxième par le fait que les chevaux de picadores basés à quelques centaines de mètres des arènes n'ont pas été rapatriés à l'heure du paseo.
En piste et avec des arènes presque pleines, 6 Toros de la ganadería de Los Bayones (origine Atanasio Fernández – Lisardo Sánchez) fraîchement débarqués du camion où ils restèrent presque tout l'après-midi. Commodes de tête les trois premiers et mieux présentés les trois autres.
Tous nobles et maniables à divers degrés, le premier faible, le second éteint en fin de parcours, le quatrième noble de la droite mais n'humiliant pas du côté gauche, pourtant honoré d'une vuelta al ruedo posthume, le cinquième juste de forces et finissant retranché, le sixième sans grande transmission. Total de 8 rencontres avec la cavalerie pour le lot.

Julien Lescarret (fuschia et or) : salut au tiers et 2 oreilles
Fernando Cruz (cerise de Céret et or) : 1 oreille et 1 oreille
Iván Fandiño (ivoire et noir) : silence et 1 oreille

Avant de rentrer dans les détails, je tenais à préciser que d'une tarde banale et sans grande histoire, l'euphorie du public girondin et la générosité de la présidence technique ont conduit à un résultat « triomphaliste » reflétant assez mal ce qui s'est déroulé lors de cette course où le toreo de profil a été prédominant et où aucune estocade correcte n'a été dénombrée.

Julien Lescarret était donc le chef de lidia après le forfait du colombien Cristobal Pardo blessé à l'épaule dans son pays une quinzaine de jours auparavant. Le premier Bayones rentra au pas dans le ruedo girondin et ne s'employa pas totalement dans la cape du torero, faible, il prit une ration de fer sans pousser, Lescarret débuta sa faena par des statuaires au centre de la piste avant d'alterner pendules, molinetes, redondos, manoletinas... le tout de la droite, rien du côté gauche, il tua ce noble adversaire d'un pinchazo, d'une entière tombée horizontale et d'un descabello, pétition minoritaire et salut au tiers pour le torero landais.
Le quatrième du nom de « Madrigalo » était mieux présenté, il fut conduit au cheval par chicuelinas et reçut un picotazo puis une pique dans l'épaule. Faena la aussi exclusivement droitière, à peine trois muletazos à gauche, le torero « constatant » que le toro n'humiliant pas de ce côté-ci, il n'était pas bon de prendre davantage de risques. Labeur à portée sur le public de la part de Julien Lescarret qui usa de sa voix pour transmettre aux tendidos, fin habituelle pour réchauffer cette assistance avec des redondos inversés puis mise à mort avec un mete y saca, une entière plate et un descabello, public jubilatoire et deux oreilles pour Julien Lescarret... plus un mouchoir bleu synonyme de vuelta sorti par le président pour honorer un toro banal car peu piqué et toréé d'un seul côté... Aux innocents les mains pleines.

Le second promis au sorteo à Fernando Cruz sortit en piste avec une légère boiterie, le torero madrilène distilla quelques bons muletazos des deux côtés face à un adversaire noble de la droite, mais à la charge plus désordonnée de l'autre côté, il s'éteignit au fil des passes, Cruz obtint une oreille après une entière tombée.
Son deuxième adversaire était maniable et juste de forces, de courte charge du côté gauche, il termina retranché aux planches, combat très ordinaire. Une oreille plébiscitée et obtenue par le public pour permettre à Fernando Cruz de rejoindre à hombros Julien Lescarret. Recherche de triomphalisme...

Enfin le troisième torero de ce jour était le basque Iván Fandiño. Il accueillit son premier par des véroniques templées, c'est à peu près la seule chose de notable pour le torero durant cette tarde, on pu surtout voir une cuadrilla dépassée, notamment au sixième où le second tiers fut éclatant de médiocrité, les rehileteros posant respectivement : une paire sur le flanc près du numéro du toro, une autre dans le morillo à proximité de la devise et une dernière venant fleurir l'épaule du toro salmantino. A la muleta, le troisième Bayones fut surtout noble du côté droit comme ses autres congénères, Fandiño réalisa une faena quelconque et estoqua son toro d'un bajonazo... Le combat au sixième se perdit dans la longueur et dans le peu de transmission occasionné par les deux protagonistes. Le basque devant s'en remettre au trémendisme avec pendules, desplantes et fioritures sans effet sur le toro, fioritures qui parfois peuvent orner de très belles faenas, mais ici utilisées pour combler une lidia quelconque et sans base. Mauvaise mise en suerte au moment de tuer et nouveau bajonazo porté sur le passage, atterrissant de plus dans le flanc du toro... Le public montrant l'envie de faire monter Iván Fandiño sur le dos des costaleros, le président donna une oreille avant de refuser avec raison la seconde. Mais comment peut-on parler de raison tellement qu'accorder la première est déjà ridicule.

Pour finir, les toreros invitèrent le jeune mayoral Fernando Sánchez Muriel à saluer.
Salut de trop... le sérieux de la corrida se perdant totalement avec la sortie à hombros de celui-ci aux côtés de Julien Lescarret et Fernando Cruz. Le chemin de croix continue pour les présidences techniques avec un laxisme indigne d'une autorité et une mélomanie toujours présente puisque l'harmonie joua durant la faena des 6 toros...
Triste image d'une recherche de triomphe collectif alors que le spectacle fut banal et sans grande émotion.

TOROS
1. « Cantinillo » - n°98 - negro meano - 490kg - né en Mai 2003 – 1 pique – applaudi
2. « Cupletero » - n°96 – negro meano – 485kg – né en Mai 2003 – 1 pique –applaudi
3. « Cardinoso » - n°94 – negro – 480kg – né en Février 2003 – 1 pique – applaudi
4. « Madrigalo » - n°97 – negro – 490kg – né en Mars 2003 – 2 piques – vuelta al ruedo
5. « Cigarro » - n°67 – negro – 518kg – né en Octobre 2002 – 1 pique – applaudi
6. « Picadillo » - n°6 – negro bragado – 520kg – né en Mai 2003 – 2 piques – silence

Florent

(Photo : est-ce bien indispensable?)

# Posté le dimanche 24 juin 2007 12:30

Modifié le mercredi 27 juin 2007 06:16

Les Malabat maîtres du rond

Les Malabat maîtres du rond
La Brède (Gironde) Samedi 23 Juin 2007 – 11h

En cette matinée du dixième anniversaire des corridas à La Brède était proposée une novillada non piquée avec 4 erales porteurs du fer landais de Malabat, d'origine Atanasio Fernández, très bien présentés, en pointes avec des armures intactes, et encastés, le premier violent et difficile, le troisième de courte charge. Et un eral pour le rejoneo (4ème) lourd, excessivement afeité, allant à mas, distrait et querencioso puis maniable.

Mathieu Guillon (carmin et or – de Mont-de-Marsan) : salut au tiers après avis et 1 oreille
Cayetano Ortiz (bleu cobalt et or – de Béziers) : silence après avis
Thomas Baqué (veste noire – de Roquefort-des-Landes) : 1 oreille

Le premier eral de cette course était remarquablement armé, de belle carrosserie, il déborda d'entrée le régional Mathieu Guillon qui posa ensuite lui-même les banderilles. Difficile également muleta en main car le bicho donna de violents coups de tête, le novillero pas encore assez mûr pour maîtriser la situation, mise à mort laborieuse avec 2 pinchazos puis une quasi entière tombée, le Malabat montrant une belle résistance et tardant à tomber.
Le second était lui aussi bien armé même si moins impressionnant que le premier, à la cape, Cayetano Ortiz profita de la charge plutôt franche de son adversaire pour servir de belles véroniques puis un quite par chicuelinas. Le biterrois entama bien sa faena de la droite face à un eral encasté moins évident du côté gauche, après une série de bernardinas, le novillero fut pris sans gravité et se montra fébrile avec les aciers, tuant de 7 pinchazos et d'un bajonazo.
Après concertation, Mathieu Guillon fut désigné par le jury pour affronter le troisième eral, plus agréable pour le novillero car de moindre tamaño et armé vers le bas, mais peu évident à la muleta à cause d'une charge courte, tant bien que mal, le jeune landais le toréa des deux côtés puis finit sa faena par molinetes et manoletinas avant d'être lui aussi soulevé, il estoqua son eral en deux temps avec un pinchazo et un bajonazo dans le flanc, il reçut une oreille d'encouragement.
Enfin, le quatrième eral était réservé à l'aspirant rejoneador Thomas Baqué qui effectuait sa seconde novillada non piquée, bien qu'il soit normal d'épointer les bêtes destinées à la tauromachie à cheval, l'eral de Malabat sortit littéralement « tronçonné », la lidia du cavalier landais fut laborieuse car ce dernier garda d'importantes distances avec son opposant, surtout avec les farpas. Il alterna ensuite chance et maladresse avec deux banderilles bien placées, puis... une dans l'épaule, une dans la patte, et une courte entre le morillo et la nuque du becerro. Thomas Baqué tua d'un bajonazo qui ne l'empêcha pas de couper une oreille, d'encouragement elle aussi, mais la route est encore très longue.

Cette novillada gratuite s'est déroulée devant un quart d'arène sous un ciel gris avec éclaircies. Divers prix ont été remis à chaque novillero à l'issue du spectacle, ils effectuèrent ensuite un tour de piste final en compagnie du ganadero Pascal Fasolo et de sa fille.

(Erales : 1. n°79 burraco, applaudi à l'arrastre. 2. n°78 negro, applaudi à l'arrastre. 3. n°28 burraco, applaudi à l'arrastre. 4. n°76 (rejoneo) burraco gargantillo, applaudi à l'arrastre)

Florent

(Photo : Mathieu Guillon au sortir d'une paire de banderilles face à son premier, aux armures respectables)

# Posté le dimanche 24 juin 2007 09:00

Modifié le mercredi 11 juillet 2007 16:27

Ecoles taurines désespoir

Ecoles taurines désespoir
Ils s'appellent Fabián Ruiz, Jesús Torres, Alfonso Robles, Francisco Javier Ortiz, Luis Olmo, Adrián Abad, ils sont novilleros sans picadors appartenant respectivement aux écoles taurines de Séville, Almería, Jaén, Espartinas, Baeza, Málaga... Inconnus au bataillon mais ayant pourtant le rêve commun de devenir torero, le retour sur terre sera difficile mais il fait partie des règles de ce milieu, devoir s'en aller dans l'oubli...
Ce Samedi à Baeza dans la province de Jaén, ce fut plutôt un triste spectacle qu'ont montré les jeunes novilleros andalous. Les erales de l'élevage presque local d'Apolinar Soriano étaient loin d'être terrifiants, brochos et possédant des petits gabarits, avec des poids sans doute inférieurs à 350 kilogrammes, ils donnèrent un jeu hétérogène, le premier noble mais faiblissime, les second et quatrième compliqués, le troisième faible et abordable, le cinquième noble sur la corne droite et le sixième mobile et noble. Petite parenthèse, le cinquième fut honoré d'une vuelta posthume dont il faudra demander les raisons à la présidence technique, croyant sûrement encore au joli proverbe « No hay quinto malo »
Des six novilleros participant à cette novillada concours désespoir (pardon, je voulais dire des espoirs) aucun n'a montré de réels gestes de planta torera, comme mentionné sur l'affiche, cette novillada fut éliminatoire, aux deux sens du terme.
C'est le mexicano-sévillan Fabián Ruiz qui ouvrit les hostilités de ce troisième éliminatoire des novilladas de promotion des écoles taurines d'Andalousie, il toucha l'unique colorado du lot, le plus faible par la même occasion puisqu'il s'agenouilla à sept reprises lors de son quart d'heure passé dans le ruedo, rien de notable à la cape pour l'aspirant vêtu de fuschia et or face à un adversaire plutôt distrait à son entrée en piste. Il serait hypocrite d'affirmer que le novillero montra davantage de choses muleta en main car malgré des possibilités exprimées par le becerro, il toréa sur le passage avec un cruel manque de profondeur. Plus tard, le jeune aztèque pourra raconter à ses enfants qu'à l'âge de 20 ans dans une plaza de la province de Jaén, il a coupé une oreille après une bonne entière, et que c'est une belle expérience de revêtir l'habit de lumières.
Sobre était le costume encre de sèche et noir de Jesús Torres, pourvu d'une sobriété transparente, l'élève de l'école taurine d'Almería fut totalement dépassé par un eral d'Apolinar Soriano compliqué et sur la défensive. Début du chemin de croix à la cape pour le jeune Torres qui dû reculer face aux assauts sournois de son opposant, puis il montra un défaut majeur à la muleta, celui de se remettre sans cesse sur soi le bicho à la fin de chaque muletazo, il fut sanctionné une première fois par une grosse voltereta avant d'être de nouveau pris à la mort, une demie épée permit d'abréger le calvaire vécu par l'almeriense qui montra verdeur et toreo saccadé, il fut invité a saluer au tiers.
Alfonso Robles (Saint-Emilion cuvée 1989 et or) était le troisième novillero de ce jour, issu de l'école taurine de Jaén, il officiait le lendemain à Vauvert dans le Gard, après avoir vu la non piquée de ce samedi, les organisateurs français se seraient sans doute passé de ses services. Bien qu'atteint de rhumatisme, son petit becerro était tout à fait maniable, Robles le toréa des deux côtés mais sans poder ni transmission extérieure, lui aussi connut un baptême aérien de Baeza, il tua d'un vilain golletazo qui ne le priva pas de l'octroi d'une oreille.
Toréait en quatrième position Francisco Javier Ortiz, d'Espartinas, petite bourgade sévillane où a eu lieu la première « corrida moderne » de l'histoire, ce qui n'est pas une référence, ce concept tomba heureusement à l'eau... En piste, le pensionnaire d'Apolinar Soriano fut plutôt âpre bien que toréable à condition de se mettre devant, le concitoyen du grand Espartaco fut lui totalement débordé et accroché à chaque instant, aucun muletazo correct à son actif et une déroute avec les aciers...
Le cinquième aspirant de cette course, Luis Olmo, jouait à domicile, aucun débordement à noter de la part de ses supporters, pas de jets de fumigènes, les arènes n'ont pas encore la « dignité » du Parc des Princes, on peut se vanter de ce point. L'eral d'Apolinar Soriano était noble, il fut toréé exclusivement de la droite, Luis Olmo ne se risquant point de l'autre côté, il réussit à transmettre à son public mais fut électrique, jamais quieto et relâché, lui furent offertes deux oreilles, avec vuelta al ruedo à son adversaire « Camposolo » n°17, la grande bravoure qu'il montra au cheval fut sans doute l'un des facteurs motivant la présidence technique à sortir le mouchoir bleu...
Le malagueño Adrián Abad fermait la marche de ce cortège funèbre, il possédait le même costume que les deux enterreurs qui le précédaient, bouteille de bière « 33 Export » et or.
Même si il se montra lui aussi électrique, il fut le plus en vue des six, profitant d'un eral noble et mobile des deux côtés. Abad orna sa faena de quatre molinetes et d'un pecho rodilla en tierra dont le public actuel est très friand, à croire qu'il l'est aussi pour un bajonazo dans la jambe suivi d'une entière trasera et verticale puisqu'il plébiscita deux oreilles immédiatement accordées par les « mélomanes en costard-cravate assis au balcon »...
Total de six oreilles pour six novilleros andalous qui ne sortiront probablement jamais de l'anonymat, ils sont encore bien loin du but désiré et inculqué par leurs écoles taurines qui leur promettent chaque jour monts et merveilles.
Ainsi, la réflexion suivante pourrait éviter de trop brutales descentes aux enfers « Soi tu t'arrêtes sagement, soi tu continues en risquant de t'enfouir irrémédiablement, mais c'est dans l'impasse que tu trépasses »
Enfin en ce mois de Juin, on pourra se réjouir du retour de José Tomas qui rappellera à certains que toréer n'est pas se regarder toréer.


Florent

(Photo : non piquée matinale de Béziers il y a deux ans avec Benjamin Dourthe "El Landeño" désormais retiré)

# Posté le lundi 18 juin 2007 12:00

Quand un homme incarne différents toreros

Quand un homme incarne différents toreros
« Etrange »... C'est le premier mot qui vînt aux lèvres des aficionados après le seul contre six de Morante au cours de la corrida de Beneficencia à Madrid, tant le torero sévillan montra des visages différents...
Après avoir salué à l'issue du paseo, Morante, vêtu d'un costume « sang de toro et or » fut plutôt classique et banal face au premier toro du fer de Gavira, totalement hors du type, car cette ganadería a l'habitude de présenter des bichos plus commodes de tête. Le torero andalou se montra comme souvent appliqué à la cape mais ne profita pas d'un adversaire plutôt maniable, il se fit accrocher la muleta à maintes reprises et dû se contenter de quelques applaudissements après une demie épée horizontale et un descabello.
Puis c'est une traversée du désert que connut Morante l'espace de trois toros, on pouvait voir à son visage l'artiste dépressif, démotivé. Le torero des corridas déguelasses, dont on dit qu'il torée à la carte. Car Morante fut loin d'être parfait, rappelant son autre seul contre six le 11 Avril 2004 au même endroit, corrida qui précéda l'interruption momentanée de sa carrière...
C'est honteusement qu'il laissa assassiner à la pique son second toro de Román Sorando, faute d'être sorti vif peut-être, il s'éteignit immédiatement après ces deux rencontres fatales, le torero de la Puebla del Río ne chercha même pas à le voir muleta en main, il alla prendre l'épée et tua péniblement de sept pinchazos sans aucun engagement et d'une entière quelconque. Même sort pour le troisième toro de l'élevage d'Ana María Bohórquez sans étincelles, qui eut le droit à quelques ersatz de muletazos, saccadés, un quart de lame sans envie fut suffisant. C'est un Morante encore plus déprimé qui accueillit le quatrième de Rosario Osborne, se faisant désarmer d'entrée, on pense au 0 total tellement le torero n'a pas envie et semble totalement hors du coup, un seul contre six ? Pourquoi faire ?
Le cinquième « Audaz » était le plus lourd du lot, 593 kilogrammes, issu de l'élevage de Román Sorando et remplaçant vraisemblablement le toro de Zalduendo initialement prévu mais sans doute non conforme à cette plaza. Morante tel un caméléon changea de visage et s'appliqua à la cape avec une jolie série de véroniques rematée par une larga cordobesa. A la muleta, le torero fut accroché et désarmé par un adversaire plutôt tardo, un unique avertissement avant la sanction... en se replaçant après une série, Morante fut pris de plein fouet puis propulsé dans les airs, il retomba violemment, sa tête flirtant avec la corne du toro, comme l'on peut se couper la main avec une feuille de papier, c'est le moment où tout bascula, il fut évacué vers l'infirmerie, un jet de sang jaillissant de son front, c'est le sobresaliente cordouan Alejandro Castro qui acheva devant des tendidos surpris et inquiets ce cinquième toro.
La course en solitaire fut interrompue durant de longues minutes, avant que ne réapparaisse Morante, tel un boxeur groggy, le front recousu avec des points de suture.
Tel un homme blessé retournant au combat, il accueillit le sixième de Núñez del Cuvillo par de belles véroniques, après un petit tercio de piques et deux somptueux quites, il posa lui-même les banderilles, avec deux belles paires entre les cornes et un quiebro près des planches, n'ayant rien à envier à certains actuels toreros-banderilleros. Le visage meurtri mais l'envie ressuscitée, il débuta sa faena par doblones puis réalisa deux bonnes séries de la gauche face à un toro noble, il fut ensuite très bon sur le côté droit avant de reprendre de la main gauche, tout en se croisant, son adversaire s'arrêtant au fil de la faena... les clarines jouèrent un avis, visiblement exténué, Morante estoqua « Hatero » d'un mete y saca et d'une entière tombée. Après tout, certaines oreilles sont données suite à des kyrielles de descabellos aux « starlettes à la mode », oreille du courage pour le torero, avec jubilation de son mentor Rafael de Paula. Beau geste de bravoure que certaines figuritas n'auraient peut-être pas été en mesure d'égaler... Cependant, c'est une très mystérieuse actuation que livra Morante lors de cette Corrida de Beneficencia, avec des hauts et des bas... corrida à l'image de sa carrière en réalité.

Florent

(C'est toujours un moment de frayeur pour le torero et le public... (photo las-ventas.com))

# Posté le mercredi 06 juin 2007 19:24

Deux Mondes pourtant si proches...

Deux Mondes pourtant si proches...
Le premier est une terre austère où tout est grand et imposant, le second une station balnéaire où tout est miniature et peu effrayant...
Les deux scènes ont lieu à quelques centaines de kilomètres l'une de l'autre à un jour d'écart, tout laisse pourtant penser que plusieurs années lumières séparent ces deux villes.
Tout d'abord Madrid, avec des toros d'Araúz de Robles qui ne dérogèrent pas à la règle, très armés avec des trapíos imposants, des pelages cendrés, du salinero au cárdeno, en passant par le nevado, des moruchos âpres qui allèrent à treize reprises au cheval et qui ne se laissèrent guère toréer excepté le premier qui fut plutôt maniable, les autres tardos, difficiles et allant à menos. A Madrid, le public est exigeant, en particulier le « Tendido Siete » qui peut adorer comme haïr un torero. Le français Juan Bautista se montra très professionnel mais ne fut pas récompensé par ses efforts, comme si de hautes murailles le séparait des travées, il tua de deux entières et dû se contenter de repartir dans l'indifférence. Le salmantino Javier Valverde est lui plus familier du public de Las Ventas, son premier fut très difficile à aborder et recula au fil de la faena, on pu par ailleurs entendre quelques sifflets, le cinquième s'arrêta totalement à son entrée en piste et c'est en arrachant les muletazos à ce toro que Javier Valverde plut au public, il faillit plusieurs fois se faire accrocher avant d'être réellement pris à la mise à mort, il reçut une oreille un peu généreuse pour ces lieux... Iván García toucha deux belles estampes mais celles-ci ne lui offrirent que peu de possibilités, il repartit sous le silence sans avoir pu démontrer ce dont il est capable. On retiendra de cette tarde les grandes armures caractéristiques des Toros de la Monumental et son public si dur avec certains toreros...

Le lendemain, et sans avoir traversé les galaxies pour s'y rendre, Estepona, petite ville maritime de la Costa del Sol possédant des arènes similaires à celles de Palavas-les-Flots, ovales et ondulées, avec un balcon où il était inscrit « PRESIDENCIA » si l'on peut toujours appeler cela ainsi. A Estepona, ce dimanche 13 mai avaient lieu « Las Fiestas de San Isidro Labrador », l'ultime caractère tant révélateur pour ce que l'on pu voir par la suite... En piste, un « festival taurin en habits de lumière » faisant office de corrida-concours d'afeitados à l'occasion, six becerros de Sánchez Arjona dont on eut toutefois l'honnêteté de ne pas afficher le poids, pour signe de comparaison, un toro combattu la veille à Madrid avait autant de cornes que trois réunis en cette après-midi andalouse, et j'exagère à peine... Là-bas, les gens détestent tout homme muni d'une lance monté sur un cheval protégé par un maillot jaune à pois rouges, ainsi le cher peuple malagueño prend plaisir à siffler dès que la bête franchit la première ligne des tercios, les clarines annonçant la fin de ce « simulacre » moins de deux secondes après que le petit quadrupède ait franchi la « ligne d'arrivée ». Le règlement stipule aussi la pose de deux paires de harpons fleuris au maximum, tout est donc minimisé et synthétisé... Le bétail de Sánchez Arjona sortit peu armé et soigneusement épointé, comme le stipulera bientôt un nouveau règlement... Les becerros furent plutôt maniables malgré une faiblesse faisant désormais partie des normes. Les hommes passèrent une après-midi plutôt confortable excepté le torero occasionnel du nom de Miguel Angel qui fut secoué à l'entrée en piste de la deuxième écrevisse, n'oublions pas que l'on est en bord de mer... Six oreilles furent données, une pour Finito de Córdoba qui fut correct face à deux adversaires sans étincelles, deux pour le téméraire Miguel Angel qui toréa sur le passage et pour le public puisque c'est la mode, il du se rappeler au bon souvenir de son alternative dans ces mêmes arènes il y a quelques années, et enfin trois pavillons pour le régional Salvador Vega qui se montra assez appliqué face à deux toritos sosos et vite arrêtés, petit bémol pour ses deux estocades perpendiculaires.
Grand contraste avec la veille, tout est pourtant si proche, toutefois le respect du véritable règlement est préférable aux dérives et aux moissons d'oreilles qui en résumé n'apportent que peu de choses...

Florent

(Photo www.las-ventas.com : Le cinquième Arauz de Robles de Madrid "Embrujado" n°55 cárdeno 566kg et né en février 2003... Je vous laisse imaginer la carure d'un Sanchez Arjona combattu à Estepona le lendemain)

# Posté le lundi 14 mai 2007 07:10

Modifié le lundi 14 mai 2007 14:07