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Aberrations et paradoxes

Aberrations et paradoxes
A l'heure où je vous écris il se fait tard et je n'ai que peu de temps, mais l'envie est bien plus forte que la raison même si aujourd'hui peut-être, les idées ne viendront pas dans l'ordre, qu'importe pour vu qu'elles soient là.
En ce Dimanche 29 Juin, j'ai suivi la novillada de promoción hebdomadaire diffusée par la chaîne régionale andalouse, le nom du bled est peu évocateur : Villaluenga de Rosario, mais sa superbe plaza toute de pierre faite sans callejón et au pied de la sierra a bien plus de gueule et de charme que les soucoupes de San Sebastián et Logroño réunies. Y fut présenté un lot d'erales des Frères Sampedro d'origine Domecq loin d'être scandaleux physiquement comparé à certaines sardines vues précédemment en France. Le biterrois Cayetano Ortiz et à un degré moindre Fran Gómez m'ont plu de part leur toreo, en particulier le premier qui a semblé bien plus aguerri que les autres, mais malheureusement pour ces deux-là, l'épée aussi ça compte... Le second, Manuel Rodríguez León a touché le novillo le plus faible mais a mérité son oreille grâce à une superbe estocade tant par le placement que par l'engagement. Le triomphateur de l'après-midi a pourtant été le salmantino Juan del Alamo, qui a coupé deux oreilles après un labeur volontaire mais assez électrique. Lot collaborateur donc des Frères Sampedro avec une vuelta au cinquième, rien de scandaleux pour ces lieux même si mon esprit relève toujours quelques petits détails qui peuvent parfois être d'importance. En effet, ces erales entrés en piste sans devise n'ont reçu qu'une seule paire de banderilles chacun avant l'estocade finale, alors pourquoi me direz-vous ? Je ne sais pas même si l'on peut songer à mille hypothèses. Une nouvelle mesure du règlement taurin andalou ? Cela mettrait nos amis les antis hors de portée, eux qui affirment que la corrida est une séance de torture. Quant à moi, je soupçonne toutefois une quelconque volonté de la part de l'organisation et des acteurs de cette novillada d'avoir voulu abréger plus vite cette novillada entamée à 18h30 afin d'aller suivre la finale Allemagne – Espagne, en effet ces mono-paires de banderilles ont permis la lidia de six erales en une heure et quarante-cinq minutes à peine ! La suite, vous la connaissez tous, but de Torres qui fait mentir Gary Lineker car à la fin ce ne sont plus les allemands qui gagnent, premier paradoxe. Pour revenir plus près de chez nous et même si l'on sait tous qu'ici cela fait longtemps qu'on est revenu sur terre – du moins de Suisse et d'Autriche via l'aéroport du Bourget – on est confronté à un problème de la même ampleur, car Stéphane Fernandez Meca, nouvel empresario de Beaucaire et torero que je respecte a décidé de mettre en vigueur dans ses arènes les fameuses piques andalouses qui sont un peu plus petites que les puyas normales. Mais si l'on est pourvu de bon sens, on constate que cela est aberrant car pour cette Feria de Beaucaire seront présentés des lots de Monteviejo, Pablo Mayoral et ... Victorino Martín ! Mais est-ce le type de toro qui nécessite ces nouvelles piques ? Même problème pour Villaluenga car les bêtes de Sampedro auraient largement pu supporter deux à trois paires de banderilles. Si on continue notre paradoxe entre Toro et Andalousie, on voit également qu'un petit village de la province de Huelva résiste quelque peu à l'uniformisation de la fiesta brava en Andalousie, au mois d'Août, ce village de Valverde de Camino présentera trois lots de Prieto de la Cal, Adolfo Martín et Celestino Cuadri. Je pourrais évoquer tant d'autres choses mais il faut revenir à l'essentiel, car l'Espagne est championne d'Europe et c'est bien, mais je tiens à rappeler qu'il y a moins d'une semaine, un type du nom d'Adrián Gómez appartenant à la cuadrilla du Fundi a subi la même blessure que Julio Robles et Christian Montcouquiol, trop de gens évoquent une fatalité mais pour eux, la vie continue sans remord. Et là vous m'excuserez du terme mais c'est bien déguelasse, car à la place d'Adrián Gómez, vous qui avez vécu pour le toro voyez votre vie brisée par celui-ci sans que les gens s'en préoccupent véritablement. En effet, si un toro vous brise les cervicales et donc la vie, cela n'aura qu'une importance mineure à côté des triomphes de José Tomás à Madrid. Beaux triomphes par ailleurs de celui-ci et je ne pourrai le nier, je pourrai par contre entamer un débat d'un autre genre. Car José Tomás a coupé sept oreilles devant quatre toros bien armés il est vrai mais ne possédant pas non plus un moral de tueur, avec Tomás, le danger est artificiel et ce n'est pas ici un terme péjoratif, mais au sens où c'est lui-même qui crée le danger en prenant des risques démesurés. Sans dénigrer les deux triomphes de la star actuelle, l'oreille coupée par César Rincón en 1994 face à Bastonito de Baltasar Ibán vaut à mes yeux bien plus que les sept oreilles obtenues par José Tomás en deux tardes, et pourquoi ? Car face à Rincón en 1994, il y avait un Toro de verdad qui créait lui-même le danger et pouvait prendre la vie de César à n'importe quel moment sans que celui-ci ne l'ait voulu. Mais les temps changent, et tout le monde semble s'être rendu à José Tomás, et des toros comme Bastonito manquent cruellement ces derniers temps dans les ruedos. Pour finir, j'évoquerai simplement la phrase tenue dimanche par le novillero Juan del Alamo lors de son brindis à Ruiz Miguel : « Yo quiero ser como usted, figura del toreo », preuve que le chemin est particulièrement difficile et que pour réussir, il faut bien plus que du talent.

Florent

# Posté le lundi 30 juin 2008 09:16

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